Mes débuts d'Infirmière





J'ai été diplômée le 22 novembre 2006 et j'ai signé mon premier contrat le 27 novembre, le soir même je mettais ma blouse blanche...Voici ponctuellement, un résumé de mon parcours, des flash-backs et souvenirs ...



Cafard-naüm | Février 2017

​ Se sentir comme indésirables ?

Des cafards qu’on écrase allègrement…cafard soignant ou cafard soigné, du pareil au même…
Tout fout le camp, y’a comme un petit énervement qui se fait entendre depuis la fourmilière…comme quand on marche dessus et que ça s’active, mais on passe son chemin et on oublie, pourtant on a bien laissé une sacré foutue effervescence derrière soi…

Et la sacralité de la santé ? ils y ont chié dessus, eux pour qui le tapis rouge est déroulé quand ils passent la porte du Val de grâce…c’est mon grand-père, qui a servi pour la France, accessoirement décédé là-bas dans le service d’urologie et qui doit bien se retourner dans sa tombe. Tous ces incapables, qui n’ont aucun soucis à se faire…pour eux, pas d’attente au milieu des gastro, des grippes et autres pathologies non urgentes qu’un médecin traitant et une IDEL pourraient prendre en charge si seulement on ne les tirait pas comme des lapins.... Ils ne passeront pas des jours durant dans un couloir nauséabond remplis de brancards dans l’attente d’un lit d’hospitalisation. Pas de problème de place, eux n’iront jamais en pneumologie, s’ils ont besoin d’un service d’urologie…Une belle chambre VIP, pas double évidemment.

Ils ne verront sans doute jamais que dans l’aile gauche, les chambres sont insalubres, les chiottes puent et sont tellement vieux que la céramique est jaune pisse malgré le nettoyage à l’acide ; « et pourtant la clinique fait des bénéfices ». Ils ne verront pas la chambre de ce CH au store clos depuis des semaines, faute de réparateur. Plus d’eau chaude ou de chauffage ? pas pour ces messieurs/dames, les instruits, les élites.... INDIGNES…de tout bord.

Mais en dehors de la chambre, il y aura cette petite révolution silencieuse, invisible qui bouffe les équipes de fourmis. Vous savez cette petite violence des plannings, cette petite violence qu’ils nous font, en jouant aux Dames pour boucher les trous…un peu de pneumo, un peu d’onco, un peu de gynéco, un peu d’urgences, un peu d’uro, qui mis bout à bout n’a aucun sens et nous fait manquer LE signe clinique…pris dans le tourbillon de la nouveauté sans pouvoir acquérir l’expérience, sans pouvoir la recevoir de la collègue plus âgée, ben oui aujourd’hui elle fait un peu de réa…aucun repère, aucune attache…on vient travailler comme on se jette dans la fosse aux lions en priant pour ne pas être trop blessé…pour récolter quelques miettes de salaire.

Eux ne se feront pas renvoyer chez eux, prématurément et sans leur accord, après un clou gamma alors qu’ils vivent seuls, tout ça pour libérer une place…

​J’aurais voulu ne rien savoir, ne rien voir, juste sentir que quelque chose change, pas forcément dans le bon sens…mais ne pas être cette indésirable, cette vermine qu’on veut exterminer, dernier rempart pour la sécurité du patient qui commence à tomber en ruine… vivre cette métamorphose ou plutôt cette aberration que devient la santé. Le papillon devient une chrysalide pourrie…


Illustration originale de "Dessins d'urgence" : sa page ​facebook

JOUR-J La Lutte commence | 8 Novembre 2016

Ces derniers temps j'ai du mal à écrire ce que je ressens et la vidéo est un outil qui m'a toujours plu, c'est sur l'instant, ça retient l'essentiel, ça fixe les sentiments et dieu sait si en ce moment la profession est en effervescence de ce coté-là et je vous avoue j'adore filmer, bidouiller, monter, couper même si c'est de l'amateurisme novicime !! ha ! ha ! plus sérieusement...même si la mobilisation n'a pas été celle attendue, c'est déjà une victoire de s'être mélangé entre différentes branches de la filière infirmière, aide-soignants, brancardiers, patients, citoyens français et même policiers...ça me donne beaucoup d'espoir pour la suite car ce n'est qu'un début... La vidéo en bas d'article est fait pour motiver les troupes ! 9min48 comme si vous y étiez !

(10.000 infirmières et étudiantes à Paris, de la gare Montparnasse au ministère de la Santé. 
en régions, nombreuses manifestations devant les ARS : 2000 à Lyon, 1000 à Strasbourg, 900 à Clermont Ferrand, 800 à Bordeaux, 600 à Montpellier, 400 à Marseille, 250 à Rennes, etc. selon SNPI/CNI)


En attendant, cette manifestation fait ressortir des mesures que MST avait prévu de nous sortir depuis un moment donc en réalité rien de bien transcendant : 

1) Les travaux sur la pratique avancée doivent s’ouvrir en décembre, avec les organisations infirmières :"les travaux conduisant à la construction du référentiel d’activités, de compétences et de formation débuteront en décembre 2016" (alors qu’il ne s’est rien passé depuis l’article de loi en janvier). 
2) La réingéniérie des IBODE, puéricultrices doivent être relancées en décembre, avec le Comité de Suivi de la Grande Conférence de Santé (alors qu’il ne s’est rien passé depuis la réunion du 11 février). "La réingénierie des formations pour les infirmiers de bloc opératoire et puéricultrices sera finalisée". 
3) Le Cabinet a enfin tranché en faveur d’un master pour les IBODE et les puéricultrices, alors qu’elle est à l’arrêt depuis 2009, faute d’arbitrage ministériel sur la durée des études. 
4) Le décret et l’arrêté réduisant l’exercice infirmier sur la vaccination à la grippe, pour les personnes âgées ou malades chroniques vont être abrogés pour permettre à l’infirmière, dans le cadre de son rôle autonome, d’exercer ses compétences auprès de l’ensemble de la population et des pathologies (à condition dans tous les cas qu’un médecin ait déjà prescrit une première vaccination). Depuis janvier 2016, la sage-femme peut vacciner entourage, ce que ne pouvait pas faire l’infirmière du fait de ces textes plus restrictifs que la loi. 
5) "le décret d’actes et de prescriptions des dispositifs médicaux par les infirmiers va évoluer", et "la liste des dispositifs médicaux pouvant être prescrits par les infirmiers sera complétée". Pour le SNPI, cela répond à une forte attente, car le décret d’acte infirmier n’a pas évolué depuis 2002, contrairement aux techniques médicales, et il convient de sécuriser juridiquement les pratiques des 600.000 infirmières. (Selon SNPI/CNI)


Il faudra compter avec une fin de mandat et un nouveau gourvernement en 2017...il faudra obligatoirement penser à frapper plus fort mais pour ça nous devons être unis et c'est pour moi le premier but à atteindre. Certains me disent, faisons comme en Finlande, une démission générale...mais à transposer à la France à l'heure actuelle ça me parait tout à fait précoce...si nous sommes, comme les syndicats l'indiquent, envrion 15% d'IDE à nous être mobilisé grevistes ou manifestants (ce qui est peu), comment pourrions-nous tous envoyer nos démissions en même temps ? C'est ce que je souhaite le plus au monde mais il faut que les IDE se montrent plus motivés que ça...

Mobilisons-nous ++++
avec l'UFML (medecine libérale) dès le 24 Novembre 
avec les policiers pour les "Nuits Blanches" 
Prochaine date pour la profession IDE en Janvier 2017


Le blues d'avant manif... | 4 Novembre 2016

Chez nous le burn-out ça date pas d'hier et là c'est le pic épidémique...la progression est exponentielle...Avec le recul, je me rends compte que depuis mon diplôme en 2006, les moments de sérénité et bonheur au travail n'ont pas existé et la seule chose qui a eu vraiment de l'importance c'est d'avoir traverser les monstrueuses galères successives avec une seule et même équipe, une seconde famille et la reconnaissance de nombreux patients.... mais au fond, le travail infirmier en lui-même n'a été que désillusions, déceptions et colère dans ce service de chirurgie...Aujourd'hui remplaçante en libéral mon travail infirmier a plus de sens car quand je soigne mon patient chez lui je ne fais pas 15 milliards d'autres choses en même temps... mais l'équipe est restreinte...le seul problème c'est que la aussi, je ne vaux rien aux yeux des administratifs et la pression est la même voire pire quand on est une libérale installée comme mon amie que je remplace.....putain merde ça revient quasi au même et les choses empirent dans tous les secteurs....Mes deux grossesses, mon congé parental, mon mi-temps, mon départ de la clinique sont arrivés à chaque fois à pic avant ce foutu ras-le-bol....à y regarder de plus prêt c'est comme fuir...sauf que la prochaine étape c'est la reconversion.....je suis tellement triste ce soir...quand je lis les témoignages de nanas en arrêt, qui ne peuvent même plus suivre un groupe de soignants sur facebook parce que c'est devenu intolérable pour elle......Mardi 8 novembre, je vais me battre à Paris avec une des collègues de la ken family

Pourquoi devriez-vous manifester le 8 Novembre 2016 ? | 21 Octobre 2016

Dans quelques jours va se tenir une énième manifestation et j’entends déjà les soignants blasés « ça sert à rien », « j’ai pas le temps »…
Pour moi, ce n’est pas une manif comme les autres. Oui… ça fait des années qu’il y a des mouvements, un coup public, un coup privé, un coup libéral, un coup iade, etc… mais c’est assez décousu, l’information a du mal à passer, les revendications surtout…
La profession est un vrai sac de nœuds avec une multitude de syndicats, une présence plus ou moins importante selon les régions, départements…
Nous sommes nombreux à ne pas être syndiqués dont moi qui ne le suit plus, par manque de repères, de conviction et de résultats c’est sûr… La profession est obligée de créer des collectifs, des associations pour pouvoir proposer une aide sur-mesure et qui tendrait à rassembler le plus de statuts possible mais sans succès…
Maintenant j’en ai assez et j’ai envie d’être cette sage-femme qui m’a expliqué comment accoucher et m’a hurlé « énervez-vous » « ALLER !!ALLER !! » « Mettez-vous en colère » « poussez !!! ça va marcher » voilà le message que j’ai envie d’écrire maintenant à mes collègues de France et de navarre…
Nous avons dépassé le point de non retour, pour moi c’est maintenant ou jamais…soit on accouche seuls comme des grands soit c’est la césarienne et on ne contrôle plus rien…….

Aujourd’hui, on a au moins une raison d’aller à cette manif ! au moins UN syndicat de chaque branche de la profession est représenté dans le communiqué de presse annonçant le mouvement… Il y aura des syndicats du privé et public, des syndicats libéraux (IDE et puer), syndicats des IDE spécialisés, des étudiants… C’est quand même assez inédit depuis ces dernières années ??!!…Aurait-on enfin terminé de se cracher dessus ? MST a réussi à nous foutre tous en rogne, un bon point pour son bilan de m*#¨^@ …

Une autre raison pour laquelle il faut qu’on y aille. Les mouvements antérieurs n’ont pas tous été des échecs…j’avais 7 ans quand les blouses blanches sont sorties en masse, en 1988, y’a eu sacrément du grabuge dans les rues de Paris…et nos consœurs se battaient pour faire évoluer la professionnalisation et la reconnaissance de la profession, le fameux « rôle propre » acquis en 1978 et bien sûr les conditions de travail déjà en dégradations à l’époque…Le fameux décret qui ouvrait la profession aux candidats non bacheliers a été abrogé et les salaires ont été revalorisés, c’est pas rien non ?

Une raison encore de venir c’est la possibilité de participer au mouvement au niveau régionale, oui nous ne sommes plus des bonnes sœurs, nous avons une vie de famille avec des contraintes et des horaires compliqués, parfois difficile de se libérer sur les repos mais si nous pouvons aller moins loin que la capitale, c’est possible !

Mais surtout, surtout, il y a des tonnes de raisons de venir et d’arrêter de subir ça :

-que la pénibilité de notre profession ne soit pas reconnue...
-d’avoir un salaire de merde ou de crouler sous les charges...
-que ta spécialisation soit si peu reconnue voire pas du tout...
-que notre décret de compétences soit inchangé depuis plus de 10 ans, la nomenclature des liberales date de Mathusalem...
-que tu sois seule avec 40 patients et que tout le monde s’en tape parcequ’aucun ratio n’existe...openbar..
-de ne pas trouver de boulot parcequ’on supprime des emplois, des services à tour de bras ou au contraire que tu morfles avec ton aide-soignante dans ton service blindé parcequ’on n’embauche plus…
-de ne pas pouvoir encadrer ton ESI parceque tu souffres au boulot ou que t’as le temps de rien ou si t’es étudiant et que toi aussi tu souffres en stage (ras le cul)
-que t’es infirmière libérale et qu’on ne reconnaisse pas tes compétences au domicile à travers une loi santé qui veut anéantir la médecine libérale…
-de voir des collègues en insécurité au travail, en détresse au travail, mourir à cause du travail…WTF !!!!
-en fait y’a tellement d’autres galères de ce métier, t’as juste à y penser pour trouver encore une raison…de venir dire STOP !

Infirmières, aide-soignantes, etc....Si tu en as marre, c’est maintenant ! RDV le 8 novembre 2016 pour écrire une nouvelle page de notre profession….


Ras-la-blouse | Septembre 2016

Quand j’étais gamine, pour moi une infirmière c’était une personne douce qui "soigne", une belle image comme celle qu’on voit encore partout d’une main chaude posée sur un bras décrépi, un sourire un peu nié sur le visage de la nonne, euh de l’infirmière…

Quand j’ai décidé d’être infirmière, j’en avais une tout autre idée, j’y voyais la biologie, l’anatomie, les soins techniques, les seringues et les perfusions.

Et puis quand j’ai enfin plongé dans le bain de l’IFSI, j’ai su que cette profession était tellement infinie…du nursing au sondage urinaire, du lavement à l’eau tiède à l’éducation diabétique, de l’art d’être psychologue, kinésithérapeute, coiffeuse, aide-soignante, standardiste, secrétaire, plombier et parfois médecin…

C’est toute cette sphère que j’ai appréhendé et que l’IFSI et les stages essayent de nous faire toucher du doigt pour ne pas être terrassé par un stress immonde au moment venu.

Mais le diplôme et la prise de poste m’ont apporté une autre dimension, ce que j’appelle les parasites qui sont en fin compte les choses les plus stressantes, difficiles à gérer car à géométrie variable et c’est en cela que le reste de la population ne comprend pas le mal–être qui est en train de nous ronger et qui a pour conséquence, on peut maintenant le dire, de faire périr de nombreux infirmiers…

Nous sommes à ce jour incapable d’effectuer correctement notre métier d’infirmier. Je pense parler au nom des collègues du privé et du public, du libéral. Nous sommes comme entravé par l’administration qui ne nous entend pas, celle-ci guidée par une politique capitaliste, ultra libérale depuis au moins une décennie et dont les effets se font maintenant clairement ressentir. Nous sommes tous agglutinés sur un lit d’hôpital poussé à vive allure par un brancardier fou qui, à chaque virage à 90°, éjecte peu à peu des infirmiers en dehors du lit….

Le stress d’hier n’est pas celui d’aujourd’hui. Un infirmier arrivera à gérer un médecin grognon en anticipant ses demandes, ses habitudes ; il arrivera à se détacher de la mort et du chagrin tout en faisant preuve d’empathie pour un patient en fin de vie ; il arrivera à supporter les fluides humains nauséabonds ; il comprendra la méchanceté d’un patient malade et seul en restant digne.

Mais il ne pourra supporter d’être traité comme un pion ou un moins que rien, de ne pas se sentir protégé socialement, psychologiquement, corporellement par sa hiérarchie. Il ne pourra survivre longtemps à un planning désorganisé, à des changements de services et même d’hôpitaux, avec des rappels incessants, des vacances tombées à l’eau, l’absence qu’il devra faire subir à ses enfants. Il ne pourra survivre longtemps à une prise en charge bâclée dans un flot infernal de patients ambulants…tout ce qui ne devrait exister dans notre métier et qui commence à prendre le dessus en écrasant soignants et patients au fond d’un trou noir, trou de la sécu, trou final. …J’ai déjà vu des jeunes IDE être résignées de cette situation car elle n’ont qu’un CDD, sont prises à la gorge et ne peuvent qu’acquiescer mais les suicides des dernières semaines sont je l’espère ce qui relira toute la profession et nous soulèvera enfin ?

Les nouvelles lois santé et travail vont accentuer ce sentiment d’insécurité et de mal-être au travail mais autant que possible il faut se préserver et ne pas tout accepter si on le peut. Il y a des signes qui ne trompent pas et quand juste l’idée d’aller au travail vous rend malade…il ne faut pas laisser passer cela. Il faut se rapprocher de la hiérarchie directe (cadre de service ou directrice des soins infirmiers) quand celle-ci est bienveillante sinon de la médecine du travail, d’un syndicat au sein de l’établissement. La grande diversité d’exercice de la profession d’infirmière nous permet de changer de cap pour voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Mais encore une fois, tous les secteurs sont touchés.

Cet article participe au carnaval d’articles organisé par Benoit Sartre du blog territoire-infirmier.com

​​Lisez plus de conseils sur la gestion du stress donnés par des étudiants et des professionnels infirmiers.

Bilan mi-sabbatique du libéral | Avril 2016

Voilà 1 an que j’ai commencé le libéral, déjà !! et 6 mois que j’ai quitté ma clinique…Le temps passe tellement vite et pour moi c’est bon signe…Je pense tous les jours à mes collègues de la clinique, j’en vois encore certaines à l’extérieur, le petit groupe de la « dream team », notre première équipe, celle que tu rencontres juste après ton diplôme…pour moi la plus importante…Maintenant sauf changement de dernière minute car en libéral ce n’est pas rare, je ne retournerai pas à mon poste au terme du congé sabbatique. La tournée a bien changé et je croise quelques fois des patients sortis de la clinique, ça m’amuse de voir les ordos des chir, ces chirs que j’ai vu de prêt, dans leurs bons et très mauvais cotés, ils me paraissent tellement plats et silencieux maintenant…une paix retrouvée.

Il y a ce patient que nous avons « rentré » il y a peu, je le connais bien, il a passé un bon moment à la clinique ; après l’ablation de la prostate et de la vessie, il est maintenant porteur d’un Bricker. C’est un de ces patients qui devient un peu résident régulier, que tout le monde connait et qui est le « patient » patient et idéal, courageux…Je me souviens très bien l’avoir eu pour son dernier jour à la clinique avant son retour à domicile. Le chir m’y avait envoyé en qualité de référente pipi/caca (stomathérapie) et je sentais qu’il avait peur de se retrouver seul avec son attirail…bien évidemment il ne le serait pas complètement, un cabinet infirmier le prendrait en charge et je lui avais fait manipuler pour le cas où le socle fuirait…de ce petit entretien j’ai reçu ce que tout infirmier rêve secrètement ! la mega reconnaissance ! les pleurs et les remerciements d’un Homme « à terre » mais réparé par la chirurgie…C’était en 2013 mais je m’en souviens comme si c’était hier, c’était fort et j’avais l’impression que c’était démesuré par rapport au peu que j’avais donné…mais il fallait le prendre ! J’ai donc recroisé il y a peu, la route de cette homme grâce à ma collègue de la tribu blanche qui comme moi cumule clinique et libéral… finalement près de 3 ans après mon initiation à la stomathérapie, je n’ai que très peu eu l’occasion d’appliquer mes connaissances et surtout de les tester car comme on sait, il y a parfois un monde entre la théorie et la pratique, que chaque être humain est différent….
Il y a eu beaucoup de fuite depuis son intervention, lui me dit que ça a vraiment été épique et compliqué…dans la pratique un bricker est au moins aussi chiant qu’une ileostomie avec un poil moins de désagrément quand ça fuit évidemment… mais la tenue dans le temps de l’appareillage est difficile car l’effluent est liquide et s’insinue de partout, dans la moindre faille…son ph changeant peut anéantir un mega- combo d’accessoires…
Mes collègues libérales n’avaient pris en charge que des colostomies auparavant, on aurait pu se contenter d’une explication vaseuse par téléphone mais non ; nous avons pris RDV toutes les 3, l’équipe entière pour que je puisse leur montrer certains gestes comme la pose de la pâte ou de l’anneau. Un moment très chouette me ramenant au partage d’expériences que l’on peut avoir en service hospitalier…ce que je redoutais de perdre, se passe dans l’équipe libérale que j’ai choisie…Je sais qu’au sein d’un même cabinet chacun peut travailler de son coté. Je ne peux concevoir ce type de prise en charge mais sans doute qu’elle doit être superficielle (typique « on ne fait pas les toilettes, que les soins techniques… ») . Et à ce propos, si un jour, qui j'espère n'arrivera pas, je dois changer de cabinet et que je trouve ce genre d'exercice de la profession infirmière, je retourne illico en structure hospitalière ; c'est pour moi inconcevable voire pire qu'​​​un chirurgien mal léché !

Pour ce patient, nous avons tout repris depuis le départ et sommes en phase de test, anneau au lieu de la pâte, socle simple au lieu du convexe, film protecteur et tout l’attirail possible d’accessoires ; pour l’instant c’est une réussite que le patient nous confirme jour après jour. Il nous dit avoir repris confiance et c’est tout ce qui compte !​ J'ai, pour les coups durs, une vraie stomathérapeute sous le coude, c'est d'ailleurs le genre de contact à avoir quand on suit un patient stomisé à domicile.


​A suivre...

Sa Majesté la Duchesse Bétadine | Janvier 2016



Que ce soit à la clinique ou en libéral, les médecins ne jurent que par la sainte flasque au liquide visqueux et mordoré ; c’est vrai que vu comme ça, elle fait rêver la bétadine…elle donne à presque toutes les peaux un aspect mi-bronzé mi-ictère et son odeur inimitable nous enivre.

Mais parfois on aimerait s’en passer de la ​​​sacro-sainte bétadine, surtout sur des plaies non infectées, sur un ulcère ou parfois une escarre,…, mais elle revient à la charge, en pommade, en méchage, en tulle… Infirmier(e)s doué(e)s d’une certaine expérience, on va alors proposer un nouveau protocole moins agressif, qui respecte la flore commensale cutanée, qui va faire cicatriser plus vite mais souvent on se heurte à un mur ou plutôt une tête de mûle, accessoirement chirurgien, qui est tombé dans la potion Bétadine quand il était petit, donc un peu perdu d’avance…Puis le temps passe, la plaie stagne, elle n’évolue pas et la mûle de chirurgien commence enfin à se remettre en question, entend pour la première fois le bout de phrase qu’on lui a pourtant rabaché x fois « Notre chef monique est référente pansement, elle a fait la dernière formation et la solution serait de nettoyer au sérum physiologique, de mécher à l’alginate puis à terme du ialuset en couche épaisse pour terminer la cicatrisation ». « Ah ben oui pourquoi on n’a pas essayé plus tôt ? », *grrrrr* ; heureusement que 24h plus tard, l’amélioration est déjà visible sinon la mûle de chirurgien aurait déjà abandonné le miraculeux protocole…. Mais parfois c’est plus compliqué, la mûle de chirurgien ne veut rien lâcher, il a les 4 pattes clouées au sol et ne veut plus avancer…alors on prend les devants, on teste en secret, on remettra du jus de carottes si ça ne marche pas…sauf qu’à chaque fois ça marche et vite…alors on glisse « on a reçu cette nouvelle pommade, on a fait un nettoyage 4 temps beta (FAUX) puis on a mis la pommade et il se trouve que c’est guéri !!! Le chirurgien, au pied du mur, est forcé de constater que c’est efficace..et c’est comme ça qu’à la prochaine plaie récalcitrante, il nous redemandera qu’elle était le nom de cette fameuse pommade magique…..ou pas !!!

La dernière fois j’étais chez Mr R, c’est notre patient le plus lourd, il est Alzheimer, grabataire, une fin de vie qui dure depuis 4 ans maintenant avec une femme qui le porte à « bout de bras », à qui on doit souvent dire de lever le pied mais qui ne veut pas, non. Le corps de Mr R est comme raide mais par miracle nous arrivons difficilement à le lever chaque jour et il marche un peu 3x/semaine avec le kiné. L’année dernière au jour de l’an, le chien de son frère lui avait mordillé et entamé le pied gauche, niaqué serait plus approprié, sans qu’il ne puisse rien dire car il ne communique plus verbalement et ne gémit presque jamais. S’en est suivi un long mois de pansement avec moults protocoles qui ont finis par marcher…et cette année encore devinez quoi ? un an jour pour jour, le même chien, le même pied, niaqué à travers le jogging, la charentaise et la chaussette…plaie peu profonde mais vraiment pas souhaitable avec l’état très fragile de notre patient…Les 2 premiers jours miss betadine était de rigueur, mais très vite nous avons opté pour serum phy et ialuset avec une super evolution à vue d’oeil…le 5 eme jour, le doc étant à nouveau dispo après les fêtes, nous l’avons fait venir par sécurité et pour faire prescrire un vaccin DTP car la femme de Mr R n’était plus très sûre de la date du dernier vaccin. J’ai bien pris la peine de noter le protocole magique, j’ai bien laissé la feuille pansement qui indiquait cette évolution très rapide et positive…J’avais plein d’espoir et quand je suis arrivée le soir, j’ai découvert l’ordo écrite en patte de mouche et les mots « BETADINE » écrit à 3 reprises : La duchesse Bétadine de Scrub, L’impératrice Bétadine Dermicatus et enfin La comtesse de Betatulle…Le trio d’enfer. A contre cœur, nous avons décidé de suivre ce protocole pour le risque infectieux lié à la morsure de chien mais nous savions déjà que la plaie était saine et propre, non inflammatoire…Au bout d’une semaine de ce régime, la plaie n’évoluait plus et le tulle béta qui colorait la peau en orange nous empêchait de voir clairement l’aspect de la plaie. Nous avons repris notre protocole et en 24h on a vu une nette différence…Après 1 semaine de protocole Béta et 15 jours de ialuset, la plaie est guérie ; il restera une belle cicatrice.

Miss Béta, rappelle-toi que tu n’es pas la seule alternative, d’ailleurs dans certains services de chir, on t’a mis au placard pour les soins post-op au profit de mister sérum phy !

On continue...à vivre...on lâche rien...mais on réfléchit | Novembre 2015

C’est samedi 14 novembre 2015, vers 6h30. L’amour de ma vie rentre de sa nuit, je reste à mi-endormie mais il me parle, ça m’agace, j’aimerai continuer le peu qu’il me reste à dormir mais il me parle encore. Je n’entends que des morceaux de phrase, des mots « t’as pas vu ? » « Paris » « hier soir »…je ne comprends pas, il recommence à nouveau et là j’entends « attentats », « kamikazes », « concert », « morts ». Une seconde, je crois à une blague, non !!!…… pourquoi !!!  encore une fois, encore une fois de la terreur dans mes entrailles et une vague de givre puis de feu dans mon cerveau, ça fait mal…
Putain ! je viens de comprendre pourquoi mon cousin m’a envoyé ce sms à 3h du mat’ : « on est safe ! » Putain je m’en veux de n’avoir rien vu, je me suis endormie comme une merde avant le drame et j’ai pesté contre ce sms qui à peine réveillé…croyant à une erreur de destinataire…putain ! je m’en veux tellement. J’ai de suite attrapé mon téléphone, je voulais des nouvelles de mon autre cousine aussi, il y avait sur l’écran de mon téléphone le fameux sms puis une notification facebook… je découvre à mes dépends le fameux "safety check"… ma cousine serait « en sécurité ». Une amie à elle a commenté pour dire qu’elle allait bien. Je suis vraiment trop trop soulagée…j’apprendrais plus tard qu’elle a dormi chez une de ses amies. J’ai envie d’être avec eux, les serrer dans mes bras…Tout est vague, je sais qu’il y a eu quelque chose d’horrible mais je n’en connais pas les détails…la matinée m’éclairera sur cette barbarie…

La peur laisse place à la colère, la haine même...

Il y a ceux qui veulent déclarer une guerre civile, ceux qui pensent trouver des solutions avec l’extrême droite. Ceux qui pensent que c’est la faute aux migrants et il y a ceux qui comme moi pensent que c’est une montagne d’erreurs : l'erreur de l'afghanistan, l’erreur de l’Irak, l’erreur du Françafrique, l’erreur de la Lybie, l’erreur de Bachar, l’erreur de l’Arabie saoudite, l’erreur de l’occident et l’échec de l’intégration des travailleurs immigrés en France, l'installation progressive et durable du desepoir chez les jeunes surement dû à notre modèle d'économie. Oui ! la France a sa part de responsabilité. Oui ! Le monde aussi. Ces mêmes colonialistes qui aujourd’hui rejettent tout en bloc la faute sur les français issus de l’immigration (enfin surtout les arabes et les blacks),  que non il n’y a jamais eu d’ « apartheid » en France ! quand même toutes ces allocs qu’on leur donne !… ça me débecte, *crachat* qu’ils aient oublié leur histoire et de ne pas chercher plus loin. Putain ! L’empathie, ça devrait être appris à l’école et nous soignants savons que empathie n’est pas la compassion (cf le Larousse pour plus d’infos). L’empathie face à des travailleurs immigrés qu’on a fait venir pour « construire » notre pays pour pas un rond pendant que leur pays crève la dalle. Et parce que la France avait les yeux plus gros que le ventre, a été bien obligée de les cloitrer dans des bidons ville puis dans des cages à poules ou à lapins c’est vous qui voyez (Sonacotra ou comment gérer des travailleurs immigrés comme du bétail),  et qu’en guise d’intégration on les a bien isolé du reste de la population dans des énormes barres d’immeubles devenues des ghettos, ZUS ou autre cigle en "Z" comme Zonards... Belle entrée en matière quand on est  déraciné. Après on me dit que je ne suis pas patriote ! être patriote c’est être responsable des erreurs de notre patrie, ne pas les nier, les dénoncer… il y a bien une paire d’années que notre Etat aurait dû prendre ses responsabilités comme ils savent si bien le dire…Ne pas laisser les choses aller, jeunesse d'origine française ou issu de l'immigration délaissée par l’Etat, embrassée par les extremistes/salafistes d'une religion également mal intégrée qu'est l'islam, des imams tarés dans des tas de mosquées en toute impunité…


C’est Balavoine face à Mitterrand qui avait tout compris, pourquoi ne pas l’avoir entendu, merde. En 1980, il disait avec toute sa rage en parlant de la jeunesse France « le désespoir est mobilisateur, et que lorsqu’il devient mobilisateur, il est dangereux et que ça entraine le terrorisme, la bande à Baader et les choses comme ça… ». Et je ne parle même pas de religion car pour moi ces radicaux auraient pu se battre sous n’importe quelle bannière pourvu que la rupture soit franche et nette avec notre culture et leurs parents…une sorte de crise "d'ADULescent", d'ado sans doute plus qu'incompris...







Enfants et Ados des années 80-90, Il fut un temps où nous partagions nos vies dans notre quartier Est. J’allais manger le couscous chez les jumelles tunisiennes. Dans leur cuisine on s’enfermait pour faire chauffer le thé et avec la radio on chantait à tue-tête « Armstrong je ne suis pas noir, je suis blanc de peau" et j’aimais entendre leur mère leur crier après en arabe. Dans la chambre des jumelles et du petit frère, il y avait l’espace d’ouvrir la porte puis 3 lits et c’est tout. Impossible de jouer à quoi que ce soit mais c’était pas grave, on riait bien, de tout et de rien. Ce qu’on aimait c’était regarder les samedis fantastiques sur la 6, la maman des jumelles adorait ça (x-files, au-delà du réel). Nous étions tous réunis dans le salon avec le papa et on riait bien d’avoir peur….Plusieurs fois j’avais souvent assisté à des paroles racistes envers elles et leur famille aussi n’aimait pas trop ces « froms » qui les insultaient. Mais nous c’était pas pareil, on était "gentilles" avec eux, on respectait nos différences. Ma mère et moi, nous formions une famille monoparentale d’après divorce, et qui plus est, au chômage, une autre espèce de vilain petit canard comme cette famille d’origine maghrébine. Nous faisions souvent pitié et très peur à nos congénères si tant est qu’ils nous aient un jour considérés comme tels. A l'epoque, dire à quelqu'on qu'on était enfant de divorcés, c'était presque comme lui apprendre qu'on se trimballait un chancre syphillitique...mais dans notre malheur nous étions de « vrais » français quand même ! pas comme « ces arabes » ! . J’ai grandi, entourée de toutes sortes d’origines dans un quartier proche du centre-ville plus insalubre qu’insécuritaire. J’ai grandi avec les jumelles noria et awa, j’ai grandi aussi avec les jolies familles chrétiennes de sophie et virginie, j’ai joué avec abdel, j’ai fait du break, dansé "le mia" et rapé « la fièvre » avec lahcen, j’ai admiré aurélia, j’ai détesté mathilde, j’ai haïe julien, j’ai fait des conneries avec Elsa, j’ai compris avec Emilie, claire, nanou, fatima, nabil, mickael, ferhat, nadia, soumaia, et tous les autres, qu’il faut à tout prix vivre ensemble, se mélanger, se respecter, respecter nos différences sans avoir peur de perdre ses valeurs, ses convictions, sans tout excuser non plus... notre génération a aussi appris qu'il faudrait se battre, pour avoir un diplôme, pour avoir un boulot, se faire tout seul, ne pas se noyer quand personne ne vous tent les bras, ne pas trop être handicapée par une enfance parfois bafouée.... Mais ce qui m'attriste le plus, c'est que ces monstres sont comme moi, les enfants des années 80 pour nombres d'entre eux, ces enfants qui n'ont sans doute pas pu se réaliser, apprendre des différences des autres, qui par manque de repères, par désespoir ont pris un autre chemin...
Moi aussi j’ai envie de zigouiller ces terroristes, moi aussi j’aimerai leur rendre la pareille...mais non. On me qualifiera de « bisounours » si on veut, je m’en bats les c*******, je mise tout sur l’école, l’éducation, la mixité...sur la reconnaissance de l'Etat d'une jeunesse qui peut être en perdition, délaissée, isolée...Le respect de la jeunesse devrait être au même niveau que le respect de la vieillesse. C'est peut être cela qui a péché au final.

Le lundi suivant le drame, j'avais un combat à mener pour ma profession, encore un espoir avorté, j'écrivai en statut facebook ce petit texte :
"Il y a ce sac sur le coté....dedans il y a cette blouse blanche et ce macaron, cette petite banderole et ce brassard, il y a aussi plein d'espoir et de motivation dedans envers cette profession qui m'a si souvent exténuée moralement....ce sac aurait été sur mon dos a moitié vide, marchant dans la foule de ce lundi en plein Paris, une foule de soignants tous en blanc, une foule qui aurait été conséquente, c'est sûr, les rangs serrés, bruyante, se sentant libre à quelque part, de pouvoir hurler son mécontentement !! mais voilà maintenant je m'en rends compte, maintenant que plus rien ne sera comme avant, cette foule aurait pu être une cible, LA cible....Demain je n'irai nul part, demain le sac restera là.... mais pas ma conviction, pas mes idéaux, pas mon espoir en la vie..."

Mon texte n'est peut être pas du gout de certains mais tant pis, c'est ma conviction...Dans mon coeur, les victimes de ce massacre, les victimes de Tunisie, les victimes de Bamako, cette putain de liste d'actes terroristes qui existe depuis des décennies et qui ne cesse de grandir à travers le monde entier, ne l'oublions pas...



Chirurgien VS Généraliste | Octobre 2015


Depuis que j’ai commencé le libéral, j’ai gardé une hantise, celle d’appeler le doc…
Ce moment où j’appuie sur le petit téléphone vert pour lancer l’appel est comme un saut dans le vide, je ne sais jamais comment ça va se passer…
Il faut dire qu’appeler un chir ou un anesth est une vraie plaie. Une fois sur deux, on se fait pourrir et parfois avec une telle violence, que le reste de la journée est foutue en l’air et la bonne humeur a complètement disparue au profit d’une belle boule au ventre…Souvent l’objet de leur colère, c’est notre excès de prudence, un doute sur une prescription… ça les exaspère car chaque goutte de leur salive est très précieuse ; nous devons boire leurs paroles et graver leurs décisions en lettres de feu dans nos p’tites têtes.
L’arrivée de l’informatique a quelque peu simplifié la lecture et la compréhension des prescriptions heureusement. Il y a aussi les appels d’urgence quand monsieur ou madame "Daicompanse" merde grave et là, soit on a un « j’arrive » soit on a un « vous l’avez soulagé avec les antalgiques au moins ? » « ben non je vous appelle exprès rien que pour vous emmerder car je n’ai que ça à faire, je viens de terminer mon thé et ma brioche, en plus j’adore entendre votre voix suave qui me susurre des mots si doux, C****** !!!!!!! »
En général, même si le doc met pas mal de mauvaise volonté et certes oui, nous sommes comme un cheveu dans la soupe dans un programme opératoire monstrueux, mais ces messieurs prennent la peine de venir voir ce qu’il se passe….
Quand je faisais les nuits, je me rappelle avoir appelé un chir chez lui en début de nuit parce que son patient à J2 d’une carotide, s’était soudain mis à me parler dans une langue inconnue ; une espèce de mélange de français incompréhensible…c’était vraiment impressionnant et très inquiétant...le patient me parlait et voyait mon inquiétude grandir….J’ai donc appelé très rapidement après avoir fait constaté l’état du patient par mon AS. Le chir n’a pas manqué de me faire comprendre que là tout de suite, je le soulais grave….. Moins de 30 minutes plus tard il arrivait dans le service. Je l’accompagne au lit du patient et plus rien, une voix audible compréhensible, bien français….J’étais estomaquée, tout était redevenu NORMAL…Je me suis alors dis qu’il pourrait bien m’en coller une pour l’avoir appelé pour rien. Puis il m’a dit avec une gentillesse improbable, vous avez bien fait de m’appeler, je pense qu’il a dû faire un AIT….

Ces mecs sont bipolaires, on ne sait jamais comment ils vont réagir ; Pendant presque un mois j’ai eu affaire quasiment au même anesth de garde, le hasard de mon planning et de ses gardes. Je l’ai appelé une paire de fois pour les trucs courants, genre un anti-émétique pour le petit des amygdales, un morphinique pour l’hyper-algique, et même pour faire du zèle, l’hypnotique du soir, tout ça dans la joie et la bonne humeur, rare…Puis un jour, j’ai eu ma fameuse première RAI positive de toute ma carrière (ce ne fut pas la dernière d’ailleurs). 19h, heure critique, je me lance dans la lecture du protocole indigeste, de l’arbre décisionnel ressemblant à un magma de ronces plus piquantes les une que les autres, à la recherche des formulaires A4895-74215882ABCD et j’ai lancé l’appel à l’anesth avec zero d’inquiétude voyant qu’il s’agissait du même que d’habitude….
Et là j’ai eu droit à un tsunami verbal…Il venait de quitter la clinique, il y a moins de 30 minutes et était déjà chez lui, il n’allait quand même pas revenir pour moi et de toute façon, et selon lui, le patient n’avait pas besoin de sang ! et pourquoi ce résultat n’arrivait que maintenant ? Il se mit à sortir pas mal de grossièretés, pas franchement contre moi et j’aurai jurer qu’il se roulait parterre comme un gamin faisant un énorme caprice…après ça, il finit par me dire qu’il remplirai la commande de sang le lendemain au bloc. C’est là qu’intérieurement j’ai eu envie d’exploser de rire, genre super nerveux vous voyez… : « euh c'est-à-dire qu’il passe à 8h demain et que quand même c’est une prostate voie haute qui part à 11 d’Hb et que dans son cas le CTS va devoir crossmatcher le sang à mettre en réserve, ce qui peut durer 30 minutes ou une nuit entière, il me faut la commande de sang dès maintenant, sivouplaitttt ?!!! » J’ai entendu une espèce de grognement et un raccrochage en règle…après ça j’ai eu envie de moi aussi me rouler parterre mais c’était sans compter la venue tardive d’un des chir viscéraux pour faire son tour….et moi mon tour je le fais quand ? hein ? j’ai dû laisser ce probleme de taille en plan…c’est un peu grâce à ce retardataire que je n’ai pas céder à la panique et 15 minutes plus tard je croisai l’anesth en train de signer la commande de sang et repartir aussitôt sans un regard, ni un "merde"…

En libéral j’ai eu affaire au médecin du SAMU pour ma première grosse ​​hypoglycémie à domicile, même si notre discussion semblait mal commencer, il m’a beaucoup rassuré et guider dans cette prise en charge. Je pense que je l’aurai mal vécu s’il m’avait pourri à ce moment là.
Puis il y a les généralistes. J’avais carrément peur au début. Bon pour les INR, pas le choix, ils doivent te répondre, et jusqu’à maintenant tous ont été des amours. Et puis j’ai eu besoin d’autres choses, une mycose, quoi de plus banale… « Allo c’est l’IDE de Mme trucbidule, j’ai besoin d’econazole pour ma patiente...oui une mycose sous les seins...Oui parfait...si vous pouviez faxer l’ordo à la pharmacie machin ?... oh merci c’est gentil ! » « merci à vous » qu’il me répond !! Encore un chouette changement pour mes nerfs … pourvu que ça dure !

Je me demande ce que le chirurgien m’aurait répondu si je l’avais appelé exprès pour une mycose !!

Le bizutage du départ | Septembre 2015


Avec tous les congés restant à poser, je pars plus tôt que prévu. Et c’est en ce 6 aout 2015 que je quitte « ma famille » pour de meilleurs horizons. Je n’arrête pas de me dire que c’est le bon moment mais ça fait mal, y’a rien à faire. En général, les départs se passent dans une euphorie et une explosion de toutes sortes de produits, sparadraps,…. Mais je vois que le cœur n’y est pas, l’équipe est incomplète, le départ sera dans l’émotion et l’angoisse de l’avenir pour mes collègues.
A défaut d’effusion de bétadine, j’ai eu droit à une belle hémorragie. C’est ça mon bizutage, le merdage d’une patiente. « Chat noir un jour, chat noir toujours ».
Ce matin à 7h, J1 d’une septo-turbinectomie (ablation cornet et réduction des déviations cloisons nasales), Mme timidinette me salue avec faiblesse. Elle a passé une sale nuit. Pas trop inquiète, je sais que ces patients dorment très mal à cause des grosses mèches qui empêchent la respiration par le nez et qui pour les personnes angoissées est un vrai supplice. Mais là, ce n’est pas ça, me dit-elle. Elle a très mal. Tiens ! Un peu inhabituel mais bon, je lui pose un perfalgan-topalgic, le profenid a été passé dans la nuit donc pas possible.
Un peu plus tard, je repasse, ça va beaucoup mieux mais elle n’a presque rien déjeuné. Le chir lui a dit qu’elle sortirait ce matin ; je lui dis qu’il vaudrait peut-être mieux rester une nuit de plus si elle se sent fatiguée et très douloureuse…elle ne sait pas, je lui dis qu’on attend de voir le doc, elle opine.
Un peu avant 9h30, le chir passe. Je le laisse toujours faire son tour tout seul (mais je lui parle de suite des douleurs de Mme timidinette), de toute façon à cette heure-ci, c’est un peu compliqué de le suivre. Je le recroise entre 2 patients. Il me dit que ma patiente peut sortir. Je suis un peu perplexe. Je termine chez un patient et décide d’aller voir ma patiente. Je la trouve le nez sanguinolent avec un mouchoir au-dessus d’un haricot, scène tout à fait normale après l’ablation des mèches. Elle est un peu paniquée car ça coule pas mal, elle a même vomi un beau caillot bien rouge, mais je sais que ce sont les 5 premières minutes après ça se tarie rapidement. Je décide quand même de RE-re-chopper le chir pour lui montrer le caillot vomi ; heureusement il est encore dans les parages. Pour lui pas de problème si ça reste isolé, il repart. Je rassure Mme Timidinette en restant près d’elle jusqu’à ce que ça s’estompe, ce qui se passe. Elle est rassurée. Je lui dis de prendre son temps pour préparer ses affaires.
Dix heures je repasse dans sa chambre. Je la retrouve au dessus du haricot en train de vomir du sang frais. Là, y’a un problème. D’abord je l’a gronde (gentiment) !! ça fait plus d’¼ d’heures qu’elle a recommencé à vomir, c’est déjà trop long. Je la mets au propre quand tout à coup son œil gauche rougit petit à petit se gorgeant de sang, une larme écarlate coule le long de sa joue. Je suis comme hébétée, limite à me croire dans un de ces films d’horreur que j’aime tant, mais je suis vite ramenée à la réalité…je reste calme en apparence et explique tout ce qui va se passer pour elle, le chir, le merocel, et sans doute la reprise au bloc… Je sonne pour faire rappliquer mon AS préférée ou n’importe qui, qui pourrait me prendre des constantes. Je choppe mon téléphone et appelle immédiatement l’ORL ; je lui avais demandé tout à l’heure où il serait joignable sentant le mauvais plan et m’avait donné son raccourci car en consultation au cabinet…au bout du fil, il me dit j’arrive tout de suite ! Sortez-moi du merocel svp (eponge hemostatique). Ben tiens t’as intérêt ! ça urge là !! Sur ça arrive mon AS, on prend les constantes qui sont normales, un pouls et une TA normales pas de dissociation…La patiente pleure à chaudes larmes, toujours des larmes rouges à droite. Je cours chercher la boite des ORL, rapatriée il y a peu heureusement. Au passage, j’alerte ma chef pour qu’elle me file un coup de main ; on est jamais mieux qu’à plusieurs dans ces situations…Le chir arrive, toujours très calme, ayant déjà eu ce cas de figure. Il nous demande une aspiration, qui au bout de quelques minutes difficiles fut enfin installée (un manomètre capricieux, encore 1).
Dans un cri affreux, il aspire Mme Timidinette et lui place du merocel dans chaque narine.
La consigne est que si à 11h l’œil coule encore rouge, la patiente sera reprise au bloc ce qui a été le cas…

Après ça, j'ai laché prise, soulagée et puis tout m'est revenu dans la gueule....le dernier jour...les dernières heures...un départ par la petite porte...les 99 problèmes de ma clinique...une part de gateau partagé, des yeux humides et des pleurs empreints de nostalgie, d'un sentiment d'inachevé pour moi et surtout de l'arrivée à grand pas de changements profonds pour les rescapés de la clinique.
Je ne saurai dire si un jour je retournerai dans les entrailles de cette clinique qui m'a vu naître mais je veux en garder le meilleur...et de loin, de très loin, et même dans leurs pires défauts mais surtout pour les énormes qualités...c'est vous....mes collègues les anciens, les nouveaux... <3

"Ken-Lanta" | ETE 2015


Hier on a monté notre matériel de chirurgie viscérale, sondes 3 voies, mandrins, cystocath, seringues de tomey, poche de lavages, …, matériels pour mobiliser une lame, clamp bahr, des lavements en tout genre, drainaS, les ceintures abdo, la boite pour les ORL, la boite à « caca » avec doigtiers et vaseline… Le vestiaire et "mon" local de stomie resteront là dans cet étage mort, désespérément vide, les chambres plongées dans la pénombre, pendant qu’à l’étage au-dessus, ça dégueule de patients…
Bref, tout notre petit monde a rejoint l’univers des bandages, tulles et autres matos d’orthopédie.
Cette fois-ci, même si la température extérieure nous rappelle que l’été la tradition c’est la fusion des deux chirurgies, au fond on se dit que là, c’est notre dernier voyage. Il y a quelques années, on en rigolait en disant, ça y est c’est la réunification, les jaunes resteront jaunes, les rouges, rouges ; Loin d’imaginer ce chamboulement d’organisation. Pourtant quand, il y a 3-4 ans, on nous a changé le nom du service de chir viscérale à chir générale, on aurait dû s’en douter.
Aujourd’hui la tribu est blanche, il le faudra bien. Et moi là dedans, j’suis qui ? Celle qui déclare forfait ? Ça y ressemble bien. Je déclare forfait parce que l’espoir du mieux n’a pas porté ces fruits et que l’opportunité s’est présentée. L’opportunité de rester très présente auprès de mes gosses tout en assouvissant ce métier que j’ai dans la peau et gagner un peu plus de sous il faut le dire. Je me sens soulée par les dysfonctionnements, toujours les mêmes problèmes qui n’ont pas de solutions ou plutôt auxquelles il ne faut surtout pas remédier pour nous maintenir sous-pression… Mais putain, c’est ma clinique, elle part en couille et ça me fait mal. Il ne manque pas grand-chose pour que ça roule, 2-3 chirurgiens de plus, un recadrage sévère de tous ces messieurs, un peu moins de flexibilité du personnel, plus d’écoute et de consultations des « petites mains », nous quoi. Moins d’histogrammes, plus d’immersion des cerveaux dans la cagagne de tous les jours. Quand je fais un évènement indésirable et que je clique sur « envoyer », j’ai l’impression de jeter une bouteille à la mer. Le formulaire est étudié pour ne pas trop en dire, surtout rester succinct, rentrer dans les cases, ne pas généraliser, choisir un thème prédéfini, rien ne doit dépasser.
En ce début du mois d'aout, je passe de salarié à mi-temps à salarié en congé sabbatique de 11 mois. Je pourrai profiter du libéral tout en gardant un cordon ombilical ; mais il faudra plus vite que je ne le pense, penser à le couper ou…….à revenir.



Premier coup de chaud | Juin 2015

lecteur glycemie infirmiere


Tandis que je naviguais entre clinique et libéral, le couac du mois ne fut pas attribué à la clinique cette fois-ci ! Quel étonnement quand on sait que la clinique détient la palme d’or des dysfonctionnements, rattrapages in extremis, galères et crises de nerf en tout genre, depuis maintenant, on peut le dire, une quasi décennie.
Hier fût une journée de libéral assez classique, pas de retard majeur, tout se déroulait à peu près bien. Le début de tournée s’est fait chez véronique, une patiente d’une cinquantaine d’années, diabétique depuis sa plus jeune enfance, amputée d'une jambe depuis peu et hémiplégique. C’est une de nos patientes les plus dépendantes ce qui explique les 3 passages par jour. Le premier consiste à vérifier sa glycémie à 7h le matin. Le grand plaisir de véronique, c’est de faire la grass’mat’. Cette marmotte ne se réveille même pas malgré une glycémie au doigt et une insuline (Levemir*) dans le ventre. A moins qu’il faille la resucrer, ce qui est rare, je quitte son domicile à pas de loup pour la laisser ronquer jusqu’au prochain passage à midi où elle aura encore une glycémie et sa douche bien brûlante comme elle l’aime. Vers 11h, une aide-ménagère vient la lever et lui donne une petite collation avant le repas de 13h.
Il est midi passé lorsque j’aperçois l’ensemble d’immeuble où elle habite. A cette heure-ci, on a pris l’habitude de passer par son jardinet pour éviter de faire le grand tour. Par ce temps, la porte-fenetre est toujours ouverte par l’aide-ménagère. Mais aujourd’hui, je retrouve les volets clos, compètement clos, gloupsss. Je ne comprends pas, ça m’inquiète direct…je fais le tour, je trottine pour aller plus vite, ouvre la porte. Tout est plongé dans le noir comme tôt ce matin. Je n’ai qu’une envie aller parler à ma patiente. J’arrive dans la chambre et la trouve au téléphone. Je la laisse terminer. Elle est au ralenti, les yeux fixes …ça sent pas bon. Elle me passe son fils. Il est super énervé contre l’association des aides-menagère. Il me dit avoir fait le nécessaire pour que quelqu’un arrive rapidement. Dans la minute, je raccroche, fonce récupérer l’appareil à glycémie, je pique, 5,4,3,2,1………………0.33g/l
Oh là là, grosse merde, ma patiente est éveillée mais comme soule, elle est trempée de sueur et grelotte à présent ; je cours prendre un verre d’eau, juste un fond, je dissous 3 sucres dedans. C’est un vieux souvenir, un morceau par 20kg de poids, merci les stages en diabéto…puis 3 madeleines comme ça pas de jaloux. Ma patiente a terminé de tout ingurgiter, l’aide-ménagère arrive, (enfin !) , je la chope pour qu’elle vienne m’aider à la tenir assise au bord du lit. Avant même qu’elle ait fini d’avaler, je reprends une mesure, ce qui est complètement con…chose qui va me stresser encore plus : 0.32….Je trouve qu’elle commence à tourner de l’œil, je vais vite dans le frigo trouver le glucagon mais je décide d’appeler le 15 avant de faire quoi que ce soit. J’ai une femme au bout du fil, elle m’écoute puis prend les coordonnées. Quand je lui donne la valeur, elle me sort un « oulala, je vous passe le médecin coordinateur ! »…au bout du fil j’ai maintenant une voix d’homme, très rassurante. Je lui refais mon speech et lui demande si je peux injecter le glucagon. D’abord, un poil agacé, il me demande comment ça se fait qu’elle soit en hypo à cette heure-ci quand je lui explique mon passage du matin, l’aide à domicile qui n’est pas venue, il se radoucit de suite. Il me dit de lui reprendre une glycémie, que le seul vrai moyen c’est de la faire manger. Le glucagon n’ayant qu’une courte action et n’est pas indiqué si la patiente est consciente et capable de manger. Par ailleurs, il est étonné qu’elle ne soit pas en coma diabétique à cette valeur. Il me rassure et me dit que j’ai fait ce qu’il fallait. Je prends la glycémie avec le doc en ligne…….0.58, enfin ça remonte. Il me dit que c’est ok qu’il faut qu’elle mange un vrai repas maintenant, très gentiment, il me souhaite bon courage et reste à disposition. En raccrochant, ma patiente me regarde les yeux amusés plus comme 5 minutes avant où elle semblait absente. Avec ce petit regard espiègle, elle me dit : « et mes chamallows alors, j’y ai pas droit ? bon sang ! » . Je lui en donne volontiers 2 !
C’est là que j’ai su qu’elle avait retrouvé ses esprits et que ça allait beaucoup mieux bien qu’elle grelottait encore beaucoup. Je somme l’aide à domicile de préparer un bon plat de pâtes avec un œuf au plat et je lui demande « c’est quoi ce bin’s ???? », en rapport avec son retard. J’appelle sa fille pour lui expliquer grosso-modo ce qui vient de se passer, elle était déjà en route.
Pour la petite histoire, le week-end, ma patiente n’a jamais la même aide à domicile, parfois ce sont des filles qui ont l’habitude, parfois non. C’est, vous savez, le merveilleux monde des CDD et de l’emploi précaire…. Et je connais bien ce milieu, avant mes études d’infirmière, j’ai un peu bossé en tant qu’aide à domicile, formé ou non, tout ce qui compte c’est de combler les plannings, après c’est au petit bonheur la chance. La fille de la veille n’a pas rangé les clefs au bon endroit. Celle du jour a cherché tant bien que mal sans trouver. Donc elle a appelé son boss qui lui a dit de continuer sa tournée et de revenir une fois, que moi, la cruche, je sois arrivée. Sauf que la collation de 11h, elle sert bel et bien à quelque chose…
Une demi-heure après le tout premier dextro, véronique est à 0.89. Je décide de remplacer la douche habituelle par une toilette sommaire au lit. Je l’habille chaudement et l’installe vite fait à table devant une plâtré de pâte !!! Elle tente de me demander de commencer par son café/clope mais c’est niet !!!!! Je la gronde et lui dit d’attaquer à manger, ça la fait rire. Elle est comme d’habitude, n’a plus froid, et dévore son plat. Je décide d’attendre sa fille pour lui raconter et la rassurer…
13h30 retour chez moi après cette fin de tournée tourmentée. Au passage du soir, véronique et sa fille sont assises tranquillement dans le salon, le sourire aux lèvres. Sa fille me dit qu’elle a écrit une lettre salée à l’association d’aide à domicile, ce n’était pas la première fois que cela arrivait mais là ça aurait pu être dramatique… Elle me remercie chaudement et a apprécié que je reste jusqu’à son arrivée…

Changement de direction | Mai 2015


Etudiante en deuxième année, à la fin d’un stage chez une IDEL, j’avais fait faire une promesse à mon compagnon, le papa de mes enfants aujourd’hui. Je lui avais dit, rappelle-moi, si je l’oublie, à quel point ce stage m’a plu, à quel point j’ai kiffé le libéral…
Après ça j’ai découvert la clinique et ses soins continus, j’avais adoré également, surtout le coté technique, l’adrénaline et tout ça. Au terme de mes études, pas de place fixe dans ce service malgré ma demande, appuyée par la cadre du service. J’ai ensuite découvert la chirurgie viscérale où j’ai posé mes valises. J’ai adoré puis détesté puis adoré puis détesté, vous savez le fameux concept amour/haine. Quand on nait, on tisse un lien avec nos parents. Qu’ils soient bons ou mauvais, ce lien est tenace et inéluctable quoi qu’il arrive. Pour la clinique c’est pareil, elle m’a vu naitre « infirmière », elle restera ma deuxième famille. Un peu « pathos » celle-là !!! M’en fout je suis comme ça, mélancolique de tout…
L’année dernière j’ai repris après mon congé parental de 2 ans et des brouettes. Pendant cette période, j’avais des envies d’évasion et le libéral revenait à la charge à chaque réflexion.
6 mois après ma reprise, mon ami d’enfance ou plutôt d’adolescence, IDEL de son propre cabinet m’avait parlé de bosser avec elle. Nous avons chacune pris un chemin différent qui nous a séparé mais nous avons gardé une grande amitié. Je n’étais pas prête, pas prête à quitter la clinique…Puis je me suis renseignée tout doucement, fait mes demandes de remplaçante, etc, calculer les frais. Je me suis remanifestée auprès d’elle mais elle n’a pas pu me prendre à ce moment-là ; avec une cheville pétée, la pauvre a dû se faire remplacer au pied levé.
-mauvais esprit -----*
Le mois dernier alors que je ruminais mon énième journée de fusion à la clinique, un appel en absence. C’était elle, ma « coupine » comme on dit !! Sa remplaçante a dû partir, subitement….Elle a besoin d’une remplaçante pour 7 jours par mois et elle sait que j’attendais cet appel.
Dans l’heure, j’ai ri et pleuré, j’ai pris mon mec par les bras que j’ai broyés au passage et je lui ai demandé : « putain !!! Dis-moi que je ne fais pas une connerie !!???!!! » Et c’est là, que comme une évidence, il me « re » dit : « ma chérie, rappelle-toi comme tu as aimé ».
Suite à ce chamboulement émotionno-hystero-paranoiaque, j’ai rejoint mon amie pour établir un planning qui tiendra compte du planning de la clinique et de celui de mon copain. C’était la condition sinequanone pour accepter l’offre du libéral, un planning à l’avance et qui ne chamboule pas trop la vie de famille. Papa en 3/8 et maman en 2/8, c’est déjà bien bien compliqué…
Pour ne pas partir sur un coup de tête, j’ai préféré prendre un congé sabbatique de 11 mois (le maximum), l’équivalent de la mise en disponibilité à l hôpital public. Comme il manque du monde à la clinique, ce congé n’est accepté que pour fin septembre soit dans 6 mois environ….Au terme de ce congé et si le libéral se passe bien, je démissionnerai…
J’ai fait 2 jours en doublure et 10 jours en solo depuis. Je suis contente, ça me change beaucoup mais ça me plait, je me sens plus libre. Le rythme est plus soutenu avec la clinique en même temps mais dès octobre le problème sera réglé. Mes petits ne comprennent pas pourquoi je repars bosser en fin d’aprem et me disent « Tu vas où ? à la clinique ? au libéral ? mais t’as déjà fait euhhhhh ouinnnnn ! »
Je vous raconterai tout ça bientôt, libéral et clinique mêlés….

L’ambulatoire m’a tué | Avril 2015


Cette nuit j’ai fait un bon cauchemar, un de ceux qui parait tellement réel que ça vous fait chialer pendant votre sommeil, vous voyez de quoi je parle je parie !!
Mon cauchemar consistait à faire un choix ou plutôt 7 choix au boulot. Les choix de reconversion que j’aimerai faire au sein de ma clinique...gné ???
Je vous explique, depuis à peu près 3 ans, mon service de chirurgie viscérale a de moins en moins d’activité en tout cas une activité différente. On me l’aurait dit il y a 4 ans, je ne l’aurai pas cru. A l’époque, notre service comptait 52 lits et il arrivait qu’on soit obligé de doubler des chambres… on courait et on se plaignait de ne pas pouvoir s’occuper de tout le monde comme il fallait, comme beaucoup de service encore actuellement à travers la France. On avait même réussi à faire créer 3 secteurs au pic de cette activité, surement jugé trop confortable pour nous, c'était du temps de la "Dream-team" comme nous nous étions appelé (un peu prétentieux mais c'était vraiment ça ! ^^) ça n’a pas duré… oui mais voilà, le progrès, l’économie, la mode veut que l’ambulatoire prenne une place plus grande et l’idée me plait aussi. La preuve en est que les opérés d'ambulatoire ne reviennent pas en urgence ou très peu.
Ce sont principalement les interventions comme les hernies inguinales, cholecystectomie, cataractes, varices qui ont migrées vers l’ambulatoire. Parralèlement nos chirugiens sont vieillissants et ne bossent pas autant qu'avant.
Sauf qu’aujourd’hui notre service n’est plus adapté, on remplit en début de semaine, on vide en fin de semaine et on accueille les débordements d’ambulatoire. Il faut jongler entre prise en charge d’ambulatoire VS prise en charge classique. Supporter la colère de certains patients d’ambulatoire qui ne conçoivent pas être dans un service classique et qui il est vrai ne parte pas aussi vite qu’ils le voudraient…
Le week-end les fériés et vacances, on fusionne avec l’autre service de chirurgie orthopédique, qui lui bosse beaucoup plus mais moins qu’avant puisqu’il a la capacité de nous accueillir le plus souvent… Au final cette organisation nous fait courir tout autant mais souvent pour des conneries…problème de placement de chambre, mutation sur l'ordi et à l'accueil, environnement, literie, ménage, ménage, rangement, anticipation de la réouverture en début de semaine, relève à recopier, dossiers à échanger, trimballer les pots à ECBU, sondes urinaires, matériel de stomie, poches de lavages de 3kg, et/ou descendre 15 fois dans le week-end chercher ce qu’il manque (La dernière descente en date c'était pour un mandrin stérile pour sondage d'urgence, une course effrénée dans l'escalier, ça c'est de l'adrénaline !!! WTF) , donner les nouveaux numéros de chambres aux chirurgiens sans oublier personne, renseigner le brancardier qui cherche désespérément son patient à tous les étages…
Et le lundi la même chose dans l’autre sens. Je vous passe le moment où j’apprend aux patients qu’on déménage vendredi mais aussi lundi…Je suis comme une gamine qui vient de faire une grosse connerie, je le dis tout doucement en baissant les yeux, ne sachant pas quelle sera la réaction des patients à muter…
Jongler entre prise en charge viscérale et prise en charge orthopédique le week-end, encore un autre monde là aussi…
La fusion, c'est aussi une galère pour ceux qui nous accueillent. Un sentiment d'intrusion qui doit être tout aussi désagréable et même si chacun y met du sien, ça peut vite friter...c'est comme ça et même je dirai que c'est plus que normal. On est des saintes toutes et tous !
C’est notre quotidien mais combien de temps cela va durer ? Est-ce que l'économie est réelle ?

Cette nuit, dans mon horrible cauchemar, mon service était définitivement dissout et nous devions choisir « 7 choix, souhaits de reconversion ». Pour m'aider à choisir, le DRH m'énoncait avec un grand sourire, diverses solutions : IDE dans un autre service ou encore secrétaire, cuisinière, technicienne, préparatrice en pharmacie, lingère, facturation..."
- "Pas dit que vous ayez votre premier choix mademoiselle."
Je me tire une balle avant ou après avoir signé ?


Chirurgie 2.0 | Mars 2015

ordinateur infirmier


Depuis peu, notre dossier patient est informatisé. Nous avons été formés depuis un bon bout de temps. Aujourd’hui, on peut faire un petit bilan. Il y a 1 an, à ma reprise de congé parental, un premier essai a débuté suivi très rapidement d’un échec cuisant. Cuisant c’est peu dire au vu de la violence des chirurgiens et des anesthésistes contre lesdites machines et leur humeur exécrable, puissance 1000 comparé à d’habitude. Du jour au lendemain et avec un certain soulagement, l’essai est stoppé. Quelques mois plus tard, le logiciel revient à la charge avec quelques modifications « ergonomiques » qui doivent nous changer la vie, oui ! oui !
Certes, c’est un peu mieux mais c’est pas ça. L’interface n’est pas agréable, il y a des onglets partout, dont certains ne nous servent pas, des flèches en haut, des retours en bas, une autre colonne de commandes. La navigation est houleuse et j’ai toujours le sentiment de bosser sur un écran MS-DOS. Pour prescrire c’est encore autre chose, d’une complexité à toute épreuve, ce qui au final ne ressemble jamais au résultat attendu d’où l’énervement de ces messieurs. Un exemple concret : des doses d’insuline fixes. Bah non, tu peux pas faire + ou – 2 unités, bref c’est que des énormités comme ça.
Le matos est classique, un portatif sur un plateau articulé qui prend tout le chariot de soin, une souris et un tapis qui glisse, rien de tactile, une batterie qui commence déjà à montrer des signes de faiblesse avant même la fin du tour. Des bugs à gogo et quelques pannes.

Un matin, vers 8h-8h15, je m’apprête à terminer mon tour, plus qu’un seul patient. Je suis court-circuitée une énième fois par le téléphone. Au bout du fil, notre « référent » logiciel qui me demande si tout fonctionne correctement, je sens dans sa voix de la terreur. Je sors de la chambre où je tentais en vain d’expliquer la suite des évènements à une patiente un brin anxieuse. Je me poste devant le plateau articulé de l’ordinateur, encore une fois trop haut, j’ai le clavier au niveau du râtelier (problème de vérin je suppose). Je clique sur un des innombrables et tristes onglets. Des pointillés d’attente apparaissent, ils clignotent un à un, encore et encore……..et encore. Toujours au bout du fil, je sens mon référent défaillir…effectivement on dirait bien qu’il y a un souci. Derrière mon interlocuteur, je reconnais la voix d’un chir de l’autre service. Il est, comment on dit ? vert de rage. Le wi-fi ne fonctionne plus. Par chance les chirurgiens de mon service sont tous passés faire leurs tours et leurs prescriptions. Pas de crise ce matin. La panne a duré un moment, le seul moyen a été de rejoindre un poste fixe branché sur une connexion classique, à l’ancienne quoi. On a également innové, en branchant le câble Ethernet sur le portatif, on a pu faire une chambre comme ça, trop court pour le reste.

Dans cette histoire, le plus drôle c’est qu’on a encore une tonne de papiers dans le dossier annexe, bien réel celui-là. On y trouve les bilans sanguins, les bons du laboratoire, les nombreuses feuilles de consentements opératoires, la consultation d’anesthésie, les copies d’ordonnances, la feuille de transfert vers le bloc, et le tas de feuilles de la SSPI…
A la fin de l’hospitalisation, les dossiers ne sont pas stockés dans ces énormes serveurs rangés en ligne dans des locaux climatisés, mais imprimés un à un grâce au travail de fourmis de nos chères secrétaires. Pour atterrir comme avant aux archives situées dans les catacombes de la clinique (tiens ! ça pourrait être l’objet d’un billet cet endroit).
Le seul avantage et pas des moindres, c’est que les médecins peuvent prescrire à distance, mais que lorsqu’ils sont à la clinique, de chez eux c’est niet… un point non négligeable.

La petite histoire des sondes urinaires | Février 2015

sonde 3 voies dechiquetee

Ce week-end sur mon secteur, j’ai pu assister à deux reprises à cette étrange syndrome qu’est l’arrachage de sonde urinaire. Il est une chose que tout soignant de service a au moins vu une fois dans sa vie ou du moins, a constaté.
Ces petites sondes jaunes, transparentes ou rouges pour les plus fortes, sont retrouvées posées à même le sol, au fond du lit ou même délicatement mises à la poubelle.
​Parfois elles arborent encore leur magnifique ballonnet bien rond. Ces sondes, qui quelques minutes auparavant, jouaient à merveille leur rôle de drainage des excrétas humains, ont été abandonnées là au grand désespoir des infirmiers…
La question que tout le monde se pose c’est comment cela arrive-t-il ?
Comment couper sans une paire de ciseaux ou un objet tranchant......? tranchant ? comme des dents par exemple ?
Bon ok ! c’est donc possible (tête de dégoût).
Il y a ces sondes machouillées ou torsionnées, retrouvées en mille morçeaux comme celle de ce week-end, qui je pense à demander une nuit de travail quand on voit les dégâts occasionnés.
Mais surtout oui surtout ! il y a cette sonde avec son ballonnet intact parfois d’une taille énorme quand il s’agit de sonde post chirurgie prostatique…comment imaginer ça dans un espace si petit que celui d’une urètre !
Ma collègue me dit en riant : « ben les bébés, ils passent bien eux !!! »
Au final, parlons peu parlons bien ! Qui sont les propriétaires de ces malheureuses sondes usagées ?
De pauvres patients en proie à d’abominables hallucinations sous stupéfiants, qui s’imaginent être possédés par un « je ne sais quoi », peut-être un Alien qui sait ? Certains disent "c'est le monsieur dans le coin de ma chambre qui m'a dit de l'enlever, c'est pas moi"...
D’autres qui reprennent leurs esprits quelques minutes et nous disent avoir cru être bloqué par une ceinture de sécurité et avoir tout fait pour s’en extraire…
Et il y a ces personnes démentes de vieillesse, Alzheimer, Parkinson,..., qui cherchent toujours à savoir où elles sont, à se sentir perpétuellement persécutées par des personnes en blanc, qui s’évertuent à tout enlever, du pansement aux perfusions, des protections aux attelles, et bien évidemment leur sonde si elle existe, tout ça sans ménagement pourvu que ça parte.
Quand on y pense tous ces dispositifs sont quand même drôlement agressifs, invasifs. 
Nous soignants ne connaissons pas forcément la difficulté de porter une SAD, SNG, une lame de drainage, un redon,… mais nous en comprenons l’utilité ce qui explique notre désarroi quand ces patients ne peuvent pas l’entendre !
Voilà la petite histoire des sondes vésicales abandonnées.


​Ma clinique fait la grève mais pas moi | 6 Janvier 2015 | #JeSuisCharlie


"Demain je suis en recupération, rec d’heures supplémentaires, heures supp de jours fériés car à mi-temps, faut dire que j’en fous pas une… bon j’suis maman alors c’est comme si j’étais à temps plein. Mes collègues, elles, sont à 150% voire 200%. Alors bon, j’suis plutôt cool. A la fin du mois par contre je fais un peu la gueule, normal, c’est une moitié de petit salaire mais c’est comme ça, on ne peut pas tout avoir, comme dirait les rabat-joies !
Ben demain j’en foutrais pas deux ni trois parce que je serai donc en rec à cause de la grève…
Attention !!! moi cette grève je la trouve justifiée, en plus elle nous concerne de très près…ce sont des sacrifices à faire pour avoir mieux ou moins pire, ça dépend d’où on se place.
Mais j’aimerai un jour faire NOTRE GREVE, oui celle des INFIRMIERS, vous savez, ces gens un peu tarés d’avoir choisi ce métier de fou ! Les infirmiers, ces personnes qui quand dans la vie normale, se croisent, se reconnaissent (le caducée !), se devinent, sont les seuls à comprendre ce qui se passent à l’intérieur, l’intérieur des services, blocs, maison de retraite, maisons de patients….qui aiment les blagues scato, sanguinolentes, (aller ! mon œil que vous aimez ! ), les histoires tordues des urgences, des patients un peu décalés et j’en passe… on ressent comme une fierté d’appartenir à cet espèce de monde parallèle. Ça c’est notre coté UNITAIRE puis quand vient le moment de vraiment se frotter, de demander OU on travaille, ça se corse drôlement, mais c’est pas drôle parce que ça nous empêche de faire des choses pour nous, de nous défendre. Je vais faire encore un raccourci qui me ressemble (un peu tordu quoi), dès qu’on ne connait pas on a peur, c’est le principe de la xénophobie….
T’es privé, j’suis public, t’es riche, j’suis pauvre, t’as du taf, moi non, t’es un nanti, j’suis misérable, t’es un super infirmier, j’suis juste infirmier de service, tu réanimes, je donne des cachous, et ça peut même être encore plus pointu, tu fais de la chir propre, je fais de la chir sale ! (petit clin d’œil à mes « fusionneuses »).
Oui c’est bien beau de dénoncer mais qu’est ce que je propose ? arfff…. déjà de suivre un collectif de type avicole (c’est une blagounette je précise), syndicat infirmier généraliste, ou quelque chose comme ça…un endroit où il y a de la diversité, où on ne côtoie pas forcément que des infirmiers de notre secteur d’activité… De participer aux pétitions qui nous tiennent à cœur et qui ont un intérêt pour la profession dans sa globalité. Et surtout comprendre qu’on n’a pas les mêmes problèmes. Certains se battrons peut être pour garder leur 13eme mois quand d’autres tenteront de ne pas se faire licencier… Mais à quoi bon jeter la pierre à ceux qui ont mieux ? Qu’ils réussisent à garder leur avantages, c’est tant mieux, soyons heureux pour eux et en plus on sera peut-être amené à en profiter si on change de secteur pendant notre carrière. Et à l’inverse qu’on soutienne ceux en difficulté…c’est pas chacun sa merde.
J’suis pas du genre à me défendre dans ma vie perso ou pro, c’est même un handicap pour moi, si je pouvais parler comme j’écris ça serait sanglant…."


EDIT 9 janvier 2015
Je réedite ce billet quelque peu prémonitoire car son dernier mot est "sanglant".
Sanglant comme la tuerie de Charlie Hebdo, (12 personnes dont un agent de sécurité, 9 dessinateurs cultes, journalistes, invité, 2 policiers) perpétrée par des terroristes issus de la filière des Buttes Chaumont (à priori Al-quaïda), les frères Kaouchi le 7 janvier dernier suivi d'une fuite et une pseudo prise d'otage entre le 8 et le 9 Janvier. Les frères Kaouchi était sans otage car l'otage présumé est resté caché à leur insu dans l'imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine et marne) où ils s'étaient repliés. Puis Amedy Coulibaly, le "terroriste de MontRouge" qui a abattu une stagiaire policière le 8 janiver puis le lendemain avec un complice a pris en otage des clients dans l'hypermarché Hyper cacher, à Paris Portes de Vincennes et en a tué 3. Ces deux affaires étaient en lien, les frères et Coulibaly se connaissaient et appartenaient tous les 3 à la fameuse filière Djhadiste...(Bilan des victimes le 9/1 à 20h)
Ce soir, ces terroristes ont été neutralisés grâce au GIGN, RAIDS, BRI,....sans oublier tous ces soignants, secouristes, sécurité...
Notre pays est en deuil, notre pays est meurtri, notre liberté est bafouée. Le mouvement #JeSuisCharlie est mondiale, le peuple Français s'est soudé pour faire bloc ainsi que les peuples du monde. L'unité en France est fragile, les amalgames sont faciles, la politique continue à nous diviser au lendemain de ces horreurs...

je suis charlie infirmier

#Breaking bad ou le triste avenir de notre assurance-maladie | Janvier 2015

breaking bad infirmier

Qu’est ce qu’on peut dire de Walter White ? professeur de chimie, la cinquantaine, qui apprend brusquement qu’il est atteint d’un cancer des poumons, stade III, il vit avec un ado handicapé et sa femme est enceinte de quelques mois…mais tout va déraper comme le titre l’indique, prendre un mauvais chemin, filer un mauvais coton…

Walt travaille comme prof au lycée, il a de ce fait « hérité » de l’assurance santé de son employeur. Oui mais voilà, elle ne rembourse pas bien même pas du tout, surtout les frais de traitement de sa radiotherapie et chimio. Il va falloir emprunter ou se résigner à …mourir. Impossible d’emprunter, la famille sera endettée ou plutôt sa femme et son fils  étant donné le faible pourcentage de réussite du traitement. Inconcevable pour ce père de famille ! Comment accepter l’inacceptable ? Quoi faire après ça ? Walt synthétisera de la metamphétamine dans un labo clandestin pour financer ses traitements futurs…Cette histoire, ce n’est qu’une fiction, une série télévisée et les fans de #breaking bad connaissent la suite. Mais il semblerait que ce soit le terrible dilemme de bon nombre de citoyens américains et de beaucoup de pays où la santé est privatisée, monétisée...
Je me suis mise 2 secondes à la place de Walter, oui que 2 secondes car mes tripes se sont misent à se tordre si fort que j’ai dû me reprendre. Puis sortir cette horrible situation de ma tête, où je laisserai mes enfants orphelins de leur mère à coup sûr car pas assez d’argent pour me soigner. Et je me suis dit que nous français n’avions pas ce genre de problématique puisque la sécurité sociale est là. Mais le sera-t-elle encore demain ?
Née en 1945, voici ce qu’on peut lire sur son fondement, son motif : « La sécurité sociale est la garantie donnée à chacun qu’en toutes circonstances il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes. Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice sociale, elle répond à la préoccupation de débarrasser les travailleurs de l’incertitude du lendemain, de cette incertitude constante qui crée chez eux un sentiment d’infériorité et qui est la base réelle et profonde de la distinction des classes entre les possédants sûrs d’eux-mêmes et de leur avenir et les travailleurs sur qui pèse, à tout moment, la menace de la misère. "
J’sais pas vous mais moi j’trouve ça énorme, merveilleux, juste et c’est ce qu’on a en France enfin presque puisque insidieusement à la suite des nombreuses lois de financement annuelles, elle se privatise petit à petit. Et nous sommes peu à nous dire que cela ne pourrait plus exister. Oui mais voilà on en prend le chemin, vous savez ce mauvais chemin qu’a pris walt en croyant bien faire.
Ca fait un moment qu’ils nous le préparent ce petit plan foireux, à droite à gauche tout le monde est bien prêt à vendre l’âme de l’assurance-maladie au diable…C’est marisol qui a tiré le gros lot, c’est elle qui va appuyer sur une grosse gâchette cette fois. Le dernier gros changement s’est fait avec la loi relative à la sécurisation de l’emploi du 14 juin 2013 ; les entreprises privées doivent souscrire obligatoirement à une complémentaire santé pour tous leurs salariés. Plus le choix pour le salarié, bonne ou mauvaise couverture, ça c’est encore un point sombre (tiens ça me rappelle la situation de quelqu’un ça…)
Autre point dans le projet de loi de financement de la sécu 2014, on nous parle entre autre du tiers payant généralisé. L’idée semble au premier abord très juste surtout pour les plus modestes, plus d’avances de frais (à conditions d’avoir une bonne complémentaire évidemment) mais n’est-ce pas déjà le cas pour les CMU et ACS (Aide Complémentaire Santé) ? N’est-on pas capable, français moyen, de prendre en charge ces frais, pour lesquels, il est vrai, les remboursements peuvent tarder à venir mais quand même, n’est-il pas possible de gérer ça au mieux ? Quand on sait que la sécu est déjà en grand danger, j’ai du mal à croire que cette généralisation nous aidera à sortir la tête de l’eau. Quand on voit que la plupart des médecins et soignants qui utilisent très justement le tiers-payant galèrent à être payé, on se demande comment va se mettre en place cette généralisation. La part prise en charge par la sécu ne cesse de diminuer, ne va-t-elle pas encore plus chuter avec les frais énormes que cette généralisation va engendrer pour au final devenir nulle ?
Ce qui pourrait faire croire à un dispositif de justice sociale s’apparente plutôt à une mort programmée de l’assurance-maladie au profit des mutuelles et assurances privées qui elles seront bien là et en forme pour récupérer notre système à la petite cuillère… Y’a quand même pas plus injuste que les mutuelles, moins tu payes moins t’es couvert…
Vous allez me dire, tu dramatises pas un peu trop là ? J’en sais trop rien, il est tellement difficile de décrypter les projets de loi, de comprendre leur contenu, de connaitre les impacts de telles ou telles mesures….peut-être que je me trompe, peut-être pas mais je vois bien que ça part en sucette depuis de nombreuses années, droite et gauche ont tout doucement, silencieusement démantelé notre assurance-maladie.
Est-ce que mon fils pourra se faire soigner sans être obligé de braquer une banque ? c’est une perspective peu réjouissante mais chacun doit y réfléchir.

Bon courage à toi Walt, ne fais pas trop de dégats quand même…

Noël-en blouse-Blanc | Décembre 2014

pere noel samu

Noël approche, période peu agréable pour moi car me renvoit à l’enfance et à ses mauvais souvenirs. Cependant je peux dire que l’arrivée de mes enfants a rendu ce moment beaucoup plus joyeux, je leur dois bien de l’être avec eux !
Je n’ai de ce fait jamais pris de congé pour Noël, parfois le roulement faisait que je ne travaillais pas mais dans la grande majorité des cas j’ai été au boulot.

Noël au boulot c’est particulier, il règne un silence pesant, l’effectif est réduit, le nombre de patient aussi. Les chirurgiens font en sorte que les patients soient sortis à temps pour ne pas rater la fête. Mais certains ne peuvent pas partir car leur état ne le permet pas ; en général il s’agit de personnes âgées, dépendantes, polypathologies, avec souvent peu d’entourage.

Je me souviens avoir passé un réveillon de Nöel, de nuit, je crois le réveillon 2006, environ un mois après mes premières nuits angoissantes en tant que toute jeune diplômée. Je m’en rappelle très bien car pour moi cette bonne ambiance avait ajouté en moi un peu de réconfort et de sécurité dans ce tout nouveau job. Un sentiment agréable d’appartenance, ce même sentiment que doivent ressentir les membres d’une famille.

L’étage comptait 2 services, les soins continus et l’orthopédie. Nous étions 2 équipes rassemblées et quelques autres greffés, dans le petit salon, les bips à proximité et une tablée digne des plus grands banquets gaulois. Oui j’exagère un peu mais pour un repas au boulot, chacun avait amené de quoi bien améliorer le plateau de la clinique.

Des rires, des coups de gueule, des anecdotes, entrecoupés par les sonnettes, le repas a permis à tous d’oublier qu’ailleurs les familles respectives songeaient à ce père ou cette mère, ce conjoint ou cette conjointe, cet enfant entrain de passer Noël à la clinique auprès des patients, loin du foyer chaleureux.

Cette année je serai au boulot l’après-midi du 25, j’aurai concocté un petit quelque chose pour partager un petit moment agréable avec les équipes fusionnées.

Joyeuses fêtes de 2014 à tous et rendez-vous l’année prochaine pour un début d’année, à mon humble avis, compliqué...


#grevecliniquesprivees2015

Quelques millimètres... | Octobre 2014

le vent dans l'arbre

A chaque fois c’est pareil, dans leurs yeux je vois le néant. Ces paroles jetées dans un courant d’air, comme un coup de semonce, laissant bouche bée. A chaque fois, nous sommes celles ou ceux qui restent pour rassurer mais pas trop…L’avenir devient tout à coup bien sombre et les mots manquent pour trouver une issue à ces annonces.

C’est Antonia qui pleure dans mes bras, Antonia avec tout son lourd passé, qui aujourd’hui a reçu le coup de grâce. A 75 ans, elle est ici et maintenant sur son lit d’hôpital opérée hier d’une mastectomie. La porte à l’instant fermée et les restes du courant d’air qui glissent dans ces cheveux teints telle la fin d’une déflagration. Elle se tourne vers moi, esquisse un sourire ironique : « quelques millimètres ? un petit cancer ? Haha ! c’est la meilleure » dit-elle avec un rire nerveux.

Puis l’instant d’après, elle attrape mon bras et fond en larme. Bien évidemment, je ne la repousse pas je l’entoure de mon autre bras et exerce une petite pression comme pour la protéger d’une tempête de neige. Antonia reprend son souffle et me dit : « s’il y a la chimio, je préfère mourir tout de suite ».

​Suite à ça, je commence à lui expliquer de manière mécanique ce qu’elle n’a pas pu entendre car dans le discours du chirurgien, seul le premier et le dernier mot ont percuté son cerveau : « petit cancer » et « chimio ». Il y a bel et bien d’autres mots entre ceux- là mais n’importe qui aurait fait ce raccourci, moi la première. Ces mots manquants pourraient malgré tout permettre de se raccrocher à une branche, saine ou bien pourrie, c’est l’avenir qui le dira.
Oui Antonia, il y aura une dizaine ou une quinzaine de jours à attendre avant d’avoir le résultat de l’anapath, c’est cela qui dira si oui ou non il y aura radiothérapie et/ou chimiothérapie.

Antonia a perdu deux membres de sa famille ces dernières années, sa mère puis son mari. Elle a soigné, veillé sur ces deux malades, connu l’horreur des chimio à travers eux. Est restée jusqu’au bout, aux côtés de son mari qui lui a supplié d’être la seule à s’occuper de lui quand elle n’en pouvait plus et qu’elle aurait voulu lâcher prise et passer le relais aux soignants…

Plus tard dans l’après-midi, entourée de sa famille, Antonia m’a semblait plus forte, comme si tout ça n’était qu’un mauvais rêve. Je ne sûs pas le résultat de l’anapath mais je crois ne pas vouloir le savoir et rester sur l’image d’Antonia et les siens, le sourire sur leurs lèvres songeant que le plus dur est à venir.

Le Système-D infirmier | Septembre 2014


Quel infirmier ne s’est jamais dit un jour, qu’il ou elle était vraiment doté(e) de super-pouvoirs et parfois on pourrait se dire que la clinique pourrait tourner qu’avec des ASH, AS et IDE, enfin surtout le week-end et jours fériés...
De cuisto, à bricoleur en passant par informaticien, pharmacien, plombier, et parfois...médecin.
Bref, toi l’AS et toi l’IDE, tu sais de quoi je parle : 

N’as-tu jamais forcé la porte des canalisations dans le couloir pour enclencher la chasse d’eau de Mr Agacéparlôquicoule ? Oui, ouvrir ces placards puants bourrés de canalisations pas très catholiques…

N’as-tu jamais réussi à redonner vie au lit médicalisé dont la télécommande ne répond plus ? on débranche, on souffle, on rebranche, on bidouille, on tape et magique ça remarche, jusqu’au prochain coup.

N’as-tu jamais maudit le logiciel des repas ? logiciel créé par des gens méchants, tristes et machiavéliques. Leur but pendant la conception du logiciel : Pourrir la vie des futurs utilisateurs.

N’as-tu jamais crisé sur l’imprimante car le toner est presque vide , oui PRESQUE VIDE. C’est quoi le toner merde ?! A défaut d’une toute neuve, tu sors cette énorme fucking cartouche, tu la secoues un peu et ça tiendra jusqu’à lundi, enfin on espère. Après tu ressembles à un ramoneur mais ça c'est accessoire !

N’as-tu jamais appelé tous les services de la clinique pour trouver LE médicament indispensable ? Tu commences par les soins continus puis la médecine, la chirurgie ortho et c’est enfin là que tu te sens désespérée puis idiote de ne pas avoir pensé plus tôt aux urg, là où ce médicament est le plus à sa place.

N’as-tu jamais fabriqué un tire-lait avec une aspiration pour remplacer un tire-lait en panne ?

N’as-tu jamais emboité plus de raccords que de raison, des coniques, bi-coniques, annelés, lisses, pour fabriquer une poche à urine de compétition ?

Attention, ce qui va suivre va t’énerver, surtout toi l’AS. Cette énorme machine de guerre tout en inox, qui fait un bruit terrible et qui si elle tombe en panne et bien t’es dans la m****. Le lave-bassin en panne, c’est la promesse d’une promenade à l’étage du dessus avec un chariot rempli de cantines et de bassins nauséabonds. Trop high-tech pour être réparé par nos mimines puis pas envie de s’électrocuter pour une machine à laver les crottes…

N'as-tu jamais connu le fantôme de la chambre 106 ? Chambre bel et bien inhabitée mais qui sonne inlassablement toutes les heures durant tout le week-end.

N'as-tu jamais appelé l'accueil 10 fois d'affilées parceque le télé de Mr Jesuisauclubmed ne s'est pas mise à fonctionner instantanément ?

N’as-tu jamais eu des patients en grave hypothermie (32°C) avec ton thermomètre auriculaire bleu et blanc à 300€ ?

N’as-tu jamais détesté ce chariot de soin dont les roulettes font tellement de boucan, que même les patients sourds sortent de leur sommeil.
 
​ liste non-exhaustive.
                                                                                       Signé une infirmière mais bricoleuse avant tout 


systeme D infirmier



​Rencontre avec Mme IRMA | ETE 2014

madame irma

 
Il y a quelques années, plus de 6 ans, j’ai rencontré Mme Irma, elle était ma patiente et venait pour une intervention gynéco, une hysterectomie.
Je la voyais comme une patiente Lambda, tout se déroulait comme il faut, comme d’habitude. Le post-op douloureux mais rien d’extraordinaire. Les jours défilent et Mme IRMA arrive au terme de son hospitalisation. J’entre dans la chambre 221 pour lui faire son pansement de sortie.
Pas beaucoup de temps devant moi mais gérable. Je m’installe, échange avec elle quelques phrases sans intérêt du genre : « vous aurez un beau temps pour votre sortie ».
J’installe mon matériel, ouverture du set à pansement, dépliage du champs stérile, antiseptiques dans les cupules quand elle commence à parler : « vous avez des soucis avec votre mère. »
Je m’arrête, la regarde avec les yeux écarquillés. Au début, je crois avoir mal entendu puis retournant l'affirmation dans tous les sens, je me dis que non c’est bien ça. Dans la foulée, je m’imagine en face d’un de ces patients qui a trop appuyé sur sa PCA et qui commence à délirer puis je lui demande de répéter. Elle reformule en me disant «oui c’est compliqué entre vous ? »
Je la regarde dans les yeux, je suis abasourdie. Son amie qui a souhaité rester se retourne vers elle et lui dit « arrête ! ne l’embête pas avec ça » sur un ton agacé. Après ça, elle m’explique qu’elle a des dons de voyance.
Ok d’accord et je fais quoi là ? on continue ? Je suis tellement retournée par cette entrée en matière que je décide d’en savoir plus.
Oui c’est compliqué avec ma mère du fait de notre passé mais je ne vais pas dans le détail ;
Elle me répond : « pour avancer, vous serez obligée de couper les ponts, de couper le cordon sinon vous ne pourrez pas vous construire ». Alors là, c’est le pompom, elle me dit exactement ce que je redoute depuis toujours mais qui, et je le sais, me serait salutaire…
Son amie lui lance un regard noir cette fois-ci. Je la regarde en lui disant qu’elle peut continuer.
Elle commence à me parler de mon grand-père maternel décédé, elle me dit que c’est par lui que toutes les infos sur moi lui arrive. Qu’il est inquiet pour ma mère et moi. Je trouve ça bizarre, mon grand-père maternel a toujours été très colérique, violent dans le verbe et la gestuelle, parfois fou. J’ai du mal à croire qu’il pourrait s’inquiéter et d’autant plus d’outre-tombe.
Après ça, elle me parle de ma grande-sœur…je suis fille unique jusqu’à preuve du contraire. Elle me dit qu’il y a eu un enfant avant moi mais qui n’a pas vécu. Je fais tout de suite le rapprochement avec l’histoire de jeunesse qu’a eu ma mère et qui s’est terminé par un avortement avant moi.
Au fil de ses paroles j’ai l’impression de rêver et ça me parait tellement saugrenu…
A cet instant, j’suis quand même "trouée"…
Je fais mon pansement machinalement et la pince me glisse des doigts et tombe à terre. Je dois alors m’absenter pour aller en chercher une stérile.
Je sors de la chambre, je suis complètement sous le choc, croire ou ne pas croire. Le temps s’est arrêté, je ne pense même plus au reste du travail à terminer. Je croise une collègue à qui je raconte brièvement ce qui se trame derrière la porte de la chambre 221. Elle me regarde avec des gros yeux et attends la suite mais je dois y retourner…
Me voilà de nouveau à son chevet, mon cerveau a pris l’air, je me sens moins hébétée et la séance reprend. Elle me dit d’aller voir mon gyneco parce qu’elle pense que j’ai un kyste à l’ovaire droite. Elle me dit que ça serait mieux de le faire avant d’avoir mes enfants.
« Et combien ? » lui dis-je, "combien d'enfants ?"
«  un garçon puis une fille, tous les deux seraient très roux presque poil de carotte !! »
J’ai encore des tas de questions qui me passent par la tête mais je crois qu’au fond je n’ai pas envie d’en savoir plus, je suis de nature septique sur ça mais là le doute m’envahi. Pourquoi me dire tout ça ? dans ces conditions ? et son amie qui sans le vouloir rend crédible son don…
Le temps passe et je dois continuer mon travail. Elle me propose de lui donner son adresse mail pour lui donner des nouvelles. Je le prends avec plaisir mais je me dis au fond de moi que ça ne sera pas la peine.
 
Un an plus tard après la naissance de mon premier enfant, une fille, très brune, j’ai repensé à elle en me disant, tiens tiens pas de kyste ni de poil de carotte. J’avais envie de le lui écrire mais j’avais perdu le petit papier. Même si la prophétie ne s’est pas accomplie, j’avais ressenti quelquechose de bizarre, tout était vraisemblable et j’avais l’impression de toucher du doigt une vérité.
 
Encore plus tard, à l’aube de mes 30 ans, c’était il y a maintenant 2 ans, j’ai de nouveau repensé à elle. J’ai, du jour au lendemain, coupé les ponts avec ma mère, une mère instable, tyrannique, culpabilisante, ingrate, irrespectueuse comme à l’habitude mais cette fois-ci envers mon conjoint et mes propres enfants, ma fille et mon fils.
J’ai coupé les ponts pendant plus d’un an, puis la relation s’est refaite en pointillé comme des trêves pour les fêtes de famille. C’est là que les paroles de Me Irma me sont revenues comme un boomerang. Il y avait donc du vrai. Influencée ou non par Mme IRMA, cette rupture m'a été salutaire, c'est certain.
 

Dans le gaz | Juin 2014

brancardage

Mr Machin est ramené dans sa chambre par le brancardier, il est encore dans les choux, au même moment Mme Trucbidule fait les 100 pas dans le couloir en attendant son mari. Une voix s'élève, celle de Mme Trucbidule qui s'égosille : "Vous vous trompez mon mari n'est pas cette chambre là, c'est à coté là là là !!!" J'arrive en entendant tout ce raffut. Je regarde Mr Machin dans son lit, c'est bien lui, le même patient à qui j'ai fait l'entrée ce matin mais pourquoi Mme Trucbidule insiste ? ...j'essaye de la calmer mais elle insiste lourdement !! je lui maintiens que non Mr Trucbidule doit encore être en salle de réveil. Puis elle se penche un peu plus vers Mr Machin qui décidément n'a rien calculé à la situation."............Oh pardon j'ai cru que c'était mon mari, oh pardon, excusez-moi milles fois !!!" Mme Trucbidule est partie faire les 100 pas dans la chambre pour plus de surêté !

Monologue d’une stressée de la vie | Mai 2014

internat

 

Pour une fois, je vais au fond des choses, une partie importante de moi-même que je vous dévoile ici...Le moment se situe au début des années 2000...

« Ca y est c’est décidé, après mon BEP/CAP sanitaire et social, j’enchaine sur un BAC SMS et puis après, soyons fous, je me colle aux études d’infirmière. C’est dingue qui aurait cru deux ans auparavant que la mauvaise graine aurait pu réussir quelque chose ? C’était bel et bien en mauvaise voie, merci marraine d’avoir joué ton rôle et de m’avoir guidé jusqu’ici. Oui mais voilà, moi j'suis une stressée de la vie…Pour en arriver là, ça a déjà été une sacrée bagarre contre moi-même, une gestion catastrophique de mon stress.
Oui, il y a des choses que je ne sais pas faire, que je n’ose imaginer faire et qui à chaque fois me terrorisent, me paralysent ou usent toute mon énergie. C’est, par exemple, parler en public ou encore faire une démonstration, comme tous ces trucs qu’on fait dans les IFSI ou en stage…oui j’en ai déjà une petite idée avec les nombreux reportages sur les études d’infirmières où ils y montrent un peu toutes les étapes et surtout la pratique finale diplômante en stage. Devant ma télé, j’étais dans un état second, comme si c’était moi qui venait de passer l’épreuve, tremblante…Je le sais bien, j’ai toujours été cataloguée timide, ou phobique scolaire mais en dehors de l'école pour moi c'est la jungle, le peu de gens qui ont appris à me connaitre, savent que c’est mon handicap, ma camisole car derrière j’suis à peu près sociable voire rageuse et je sais faire un peu d’esprit si toutes les conditions sont réunies…Avec ça je sais que ma mère me croit incapable de faire ce métier, je suis trop "fragile", je ne supporterai pas la souffrance des autres ni même les visions de sang ou autres joyeusetés, je ferai bien de trouver un emploi de bureau.
A la simple évocation de travailler dans un bureau, j’ai des envies de suicide, je me vois sur mon bureau mais pourquoi faire ? Gratter du papier ? Taper sur un ordinateur ? Recevoir des clients ? Et la finalité c’est quoi en fait ? Être emmerder par de la paperasse, remplir des dossiers, … J’ai beau y penser, il n’y a que des trucs chiants qui me viennent à l’esprit.
Je crois que tout est réuni pour dire que je ne suis pas faite pour être infirmière. Pourtant je le sens au fond de moi. Pour une fois dans cette chienne de vie, je sens qu’une fois diplômée je vais pouvoir m’épanouir et lâcher toutes ces angoisses de merde qui me suivent depuis toujours, je serai moi-même, affranchie des étiquettes qu’on m’a collé sur le front, enfant fragile, enfant du divorce, enfant parent, enfant maltraitée, enfant stressée, enfant nulle….
Ce projet va devenir pour moi la clé de sortie, la délivrance, ma seconde naissance et c’est en cela que l’échec ne sera pas acceptable. La barre est si haute que quand je la regarde d’en bas j’en ai le tournis.
Il va falloir avoir la force de ne pas trembler, oui trembler pour faire une piqûre, une prise de sang, poser un kt. Depuis toute petite, dans la solitude de ma piole, je ne cessais de jouer à des jeux qui font appel à la dextérité. D’ailleurs, je n’aimais pas voir les autres enfants être gauche, ça m’irritait un poil... Le problème c’est qu’en public, j’étais celle qui était gauche, maladroite car peur d’être mal jugée, peur du regard des autres, à m’en rendre complètement gourde comme ce que tout le monde voulait bien croire. Et ces putains de poésies ou d’exposés où rien ne sortait alors que je les connaissais sur le bout des doigts. Arrivé au collège j’ai perdu pied, mes résultats en étaient la preuve, à peine la moyenne, une catastrophe en math. Mais pourquoi en math ? parceque la prof était un requin sans pitié, qui n’hésitait pas à rabaisser les « mauvais élèves ».
Les bulletins scolaires étaient tous merdiques, « on n’entend pas sa voix », « trop timide », parfois « a du potentiel mais bridée »…
Le passage au lycée a été violent, filière economique et sociale, unique matière à peu près interessante et où j’avais un 13 de moyenne, au dessus y’a rien… c’est le soleil… ça n’a pas duré longtemps, car j’ai testé l’école buissonnière, la fuite en avant, la sortie de secours, trainer dans la rue avec des ados perdus et dont les parents étaient défaillants comme moi. Chacun entraine l’autre dans sa chute. Je me souviens que ma prof principale était venue sonner chez moi, alors que je m’étais octrayée avec culpabilité, une énième grasse matinée pour supporter la grande fatigue qui m’achevait chaque jour un peu plus depuis le grand décrochage…
La fin de l’année fût comme un couperet. Le conseil de classe avait statué, j’étais nullissime, indigne de suivre des études, irrécupérable, en tout cas dans les filières générales et techniques…et à coté de ça les compagnons de galère étaient devenus un vrai poison.
C’est là que ma marraine m’a sauvé, son idée était de m’envoyer à l’internat à une heure de chez moi, accessoirement chez les soeurs. L’internat, c’était qqchose, je l’avais toujours entendu dans la « gueule » de ma mère pendant les crises de nerfs et ce depuis le plus jeune âge « si tu continues t’iras en pension !!! ».
J’ai pas du tout eu peur, j’en pouvais plus, c’était l’unique solution, un projet sérieux qui me sortirait de cette merde où les pseudos amis étaient capables de se battre avec vous. Dissimulant un oeil au beurre noir, j’étais enfin obligée de faire face à moi, à ma vie…
Avant de rentrer dans ce lycée professionnel, on passe par la case proviseur, un entretien long pendant lequel on prend conscience que rien ne sera comme avant. Que la vis sera serrée et qu’aucune absence non justifiée ne passera, ce sera l’exclusion. On entend aussi que les éducateurs seront derrière toi, à ton écoute, à ta hauteur, que personne ne sera laissé en plan au bord de la route à condition d’obtempérer et de faire confiance. On nous dit quelque chose d’insensé : que sans doute les résultats seront d’emblée meilleurs car ici on reprend les bases du collège ; sans les bases on ne construit rien de bien. Tout ça était rassurant, encourageant. L’entrée à l’internat n’a pas été la même chose. Il a fallu vivre ensemble, dans un grand dortoir, vieillot mais propre, d’une simplicité décourageante. Les premiers temps n’ont pas été évident, heures fixes, 30 minutes de sorties par jour, pas de cigarettes, études obligatoires, pas de tv, douche chronométrée, extinctions des feux comme les poules…dans cette frustration ultime d’ados en perdition, le groupe s’est soudé contre l’autorité et a tenté maintes fois de transgresser. Mais c’était sans compter sur la grande expérience des surveillantes et sœurs des cas difficiles comme nous. On a vite rendu les armes et utiliser les 30 minutes de liberté pour assouvir nos envies de transgressions. Ca a grandement limité les dégâts…
Après ça, le travail scolaire paraissait moins barbant et pour tuer le temps, il n’y avait que ça à faire.
Le résultat fût sans équivoque. Je ne croyais pas trop le proviseur quand il disait que les résultats seraient supérieurs mais là c’était inespéré. Je suis passée de nullissime à excellentissime mais ce n'était pas ça le plus important, c'était la considération apportée par les enseignants, la reconnaissance…Parallèlement les week-end, je devais retourner à la source, les empoisonneurs ont laissé place à des personnes formidables pour qui la vie n’était pas simple du tout, qui gardaient leur bonne humeur et l’espoir d’un avenir meilleur. Des personnes de tous âges et toutes origines cataloguées "de la téci" et qui ont été vraies de A à Z, qui m’ont respecté bien plus que n’importe qui, qui ont cru en moi, et qui aussi m’ont définitivement fait aimer le rap, ce qu’il y a derrière les clichés à la con. Ces mêmes clichés qui font des timides des bons à rien par exemple… Découvrir la sensibilité, la tristesse, la douleur derrière la provocation et la violence des gestes et des mots, chercher le fond des choses et trouver de belles choses...gachées. Je viens de terminer ces 2 années avec des félicitations, en fin de compte pourquoi tant de questions, j’ai fait le plus dur, dire non à la médiocrité ! mais elle est dans mes veines, une perfusion lente inoculée depuis des années, à mon insu, qui continuera à m’handicaper mais que j’ai décidé de combattre, j’en suis sûre…
».



La Reprise Inattendue | Avril 2014

infirmiere

Ce n’est pas le récit d’un de mes rêves ou cauchemars cette fois-ci. Et même pour en être sûre, j’ai attendue de vraiment reprendre pour écrire ce billet…
Quoi dire si ce n’est que pour une fois j’ai su gérer mon stress d’avant le jour-J et ai pris les choses comme elles sont venues. Je pense que c’est en grande partie grâce au super accueil de mes chères collègues, les rescapées de la Dream-team, et ce que je ne connaissais pas et qui ont été aussi super sympas…
Aujourd’hui, 2 mois plus tard, j’ai enfin eu ma première journée de merde, vous savez celle dont je parlais il y a quelques mois et dont j’étais un poil nostalgique (oui, j’avoue), celle-là même qui me faisait douter de moi-même et de mes capacités, celle-là qui me suivait comme une ombre même jusque dans mon sommeil…ben voilà hier j’en ai eu pour mon grade, un vrai chat noir…
Mon objectif premier est de reprendre confiance en moi. La technique pure est tellement peu de chose dans notre profession et je dirais même plus qu’elle est à la portée de tous.
Le plus compliqué est de reprendre les raisonnements, le « pourquoi je fais ça ? », « qu’est ce qui est alarmant ou pas dans l’état de santé d’un patient ? », gérer son temps et ne pas se laisser dépasser. Il y a aussi ces situations que chaque soignant connait. Vous savez le « syndrome du paillasson », quand vous êtes enfin prêt à sortir de la chambre, que les soins, la toilette sont faits et que vous avez demandé maintes fois à Mr Patraque s’il avait d’autres questions ou besoins et que finalement, dans l’encadrement de la porte, on entend sa petite voix gênée : 
- « s’il vous plait ? je peux avoir une petite cuillère ? »
-«  oui, est ce que c’est urgent ? car là tout de suite, je suis un peu short » sous-entendu  pourquoi faire ? il est 10h du mat’ et c’est le moment le moins probable pour utiliser une cuillère …
-« euh oui ben c’est au cas où… »
-« je fais au mieux pour vous l’amener » sous-entendu, désolée si c’était pour vous gratter le dos avec ou faire dégonfler les cernes, ben ça attendra … »
-« oui c’est gentil et vous pensez que ça va aller pour moi ?»

C’est là que l’on comprend à quel point la cuillère n’est qu’un prétexte. Comment ne pas répondre à cette amorce de détresse !
C’est ainsi que depuis ma reprise, je n’ai pas réussi à gérer mon temps…mais peu importe ces moments-là ont été plus qu’indispensables…autant qu’une cuillère pour manger un yaourth.




La Toute Première Patiente | Mars 2014

psychiatrie infirmiere
 Arrivé en fin de deuxième année, quasi tout le monde est passé par la case stage en psychiatrie. C'était il y a 11 ans et pour moi ce fût une immersion totale dans le monde de la psychiatrie de part la localisation de mon IFSI et le lieu de mon tout premier stage. C'est en empruntant ce fameux passage dans les jardins de l’HP menant à mon IFSI que je l'ai recontré. Oui ce chemin assez redouté au début, l’est devenu d’autant plus qu’à plusieurs reprises, Mme isabelle est venue me taper sur l’épaule sans faire de bruit et m’a sorti de mon état comateux d’étudiante en énième veille de partiels se rendant à la bibliothèque de l’HP.
Une cigarette entre ses doigts jaunis de nicotine, Mme isabelle est une femme de 35 ans, c’est encore une petite fille au fond, 1m70, un visage ingrat, grossié et au regard cerné, forcé et noir comme ceux des serial killers. Mme isabelle est schizophrène depuis toujours si on peut dire. Le visage angélique et le corps de cette petite fille sont devenus monstreux petit à petit, avec toutes ces années de neuroleptiques entre autre.
Mme isabelle est la première patiente que j’ai pris en charge dans ma jeune vie d’étudiante. Ma toute première « piqûre » (IM), je l’ai faite sur elle ; le tout premier pilulier c’était le sien, la première visite en appartement thérapeutique c’était chez elle. Elle m’a ouvert son univers et m’a très justement, sincèrement montré les ravages de sa maladie et de son traitement anti-psychotique. Elle m’a montré ses photos de fillette, d’ado, de jeune adulte et s’est mise à pleurer devant l’inexorable métamorphose. Quelques jours plus tard, je lui ai proposé de lui refaire sa coloration, sa chevelure hirsute arborait de larges racines grisâtres et des pointes rouge passé.
Mme Isabelle se sentait tellement mieux après, qu’elle eut une idée à nous soumettre : "Pourquoi ne pas arrêter mon traitement, ça fait tellement longtemps que tout va bien et je me sens belle maintenant ?"
​La suite fût compliquée à gérer, isabelle tomba dans une espèce de dépression pendant plusieurs jours, tellement persuadée du bien-fondé de cette idée et très fâchée par la réponse sans équivoque de son infirmière référente. Rejetant toute cette « chape psychiatrique » clouée sur son dos depuis si longtemps, isabelle a réussi à me faire flipper par sa colère…je faisais malgré moi partie de la fameuse chape. J’ai compris combien la maladie psychiatrique et surtout la schizophrénie était une souffrance de chaque instant majorée par la pression sociale, la norme imposée par la société, loin de la maladie honteuse et dangereuse que véhicule les médias. 1% de la population est schizophrène soit +/- 500 000 personnes considérées comme des criminels en puissance, alors que la grande majorité ne commettra aucune violence durant toute sa vie. Plus tard, son infirmière m’expliquera que périodiquement isabelle cherche à s’affranchir de son traitement par x ou y raisons et s’accroche à de fragiles branches d’une vie normale rêvée…
Isabelle a repris le dessus et son train-train morose, se trainant dans les couloirs du service de jour avec ses habits choisis par elle-même le matin ; pantalon muticolor, pull à rayures, bottes rouge et écharpe orange vif.
Isabelle fût fort déçue par mon départ. Toutes les infirmières étaient d’accord pour dire que j’avais marqué isabelle, qu’elle m’avait vraiment apprécié…
Longtemps j’ai voulu l’éviter car j’avais pu entrevoir l'intérieur de sa prison et puis, le temps passant, j’aimais bien l’entendre m’appeler et me demander comment ça allait. Je la trouvais plus accessible, plus dans la retenue et finalement je n’avais plus peur du monstre enfoui en elle… Si elle savait qu’elle aussi m’a marqué, elle restera toujours ma toute première patiente.






J'<3 mon IFSI, Episode 3 | Février 2014

3eme année infirmiere

...Suite épisode 2 et fin...
La 3ème année apporte son lot de stress mais aussi de petites satisfactions, un peu comme quand on entre en 3ème au collège… « Nous sommes les maîtres du Moooonnndeeee !!!! ».
En préparation une certaine soirée infirmière. Oui celle-là même où chacun d'entre nous a découvert les us et coutumes des étudiants infirmiers : La soirée d'intégration !
En fin de compte cette soirée apporte plus de choses aux 3ème années car notre côté sadique peut enfin s'exprimer.
Mais l'heure est grave, finies les conneries…l'échéance approche, le stress est à son comble mais bizarrement, la promo devient « unie » et fait bloc contre cette réalité.
L'année est marquée par 4 grandes épreuves, la préparation du TFE, la soutenance, le stage pré-professionnel, et le stage DE (évidemment n'oublions pas les partiels, travaux de groupe, stages, sinon c'est pas drôle, hein !?)
Le TFE, on en parle ?
Déjà pour trouver la situation d'appel, paye ta misère…
Bon j'ai trouvé un truc un peu bateau.
J'ai ma guidante (ouf elle est cool) sauf qu'à chaque rdv, j'ai l'impression qu'elle prend des gants pour m'expliquer que je m'égare, que là ben c'est bof, qu'il faudrait faire comme-ci ou comme çà…Au final ben j'suis larguée mais je me laisse guider.
Pour finir, il y a cette saloperie de mise en page, 32mm à droite, 41 à gauche, interligne 1,89734879, police 8,759841012,… « Attention c'est pas écrit en italique », « en ita quoi ??????? »
La soutenance du TFE, on en parle ?
Une journée plutôt chaude, le rdv est pris pour une poignée d'entre nous. On se regarde tous sans dire un mot. Faut dire que si on essaye de parler, on est tous pris de nausées et autres désagréments intestinaux…On regarde une dernière fois nos notes, si on a bien la clé usb pour le powerpoint ou les transparents. On entend son nom être prononcé et on se jette dans la gueule du loup. Tout le long, on expose notre cher travail, tout le long, on entend « oui mais… » et là on se dit «putain, putain, j'suis dans la merde !!!! » et à la fin, comme par magie, « Vous avez fait un bon travail, merci » et toi dans ta tête « gnié ? elles se foutent de ma gueule là ? »
Le stage pré-professionnel, on en parle ?
Oui c'est un des bons côtés de la fin de formation. Ce stage où on est censé se mettre en situation pour de vrai, hein ! Au début ça en devient une obsession, si bien que quand l'ide du jeudi attaque sa semaine, qu'elle fait juste son travail et que vous depuis lundi vous êtes au taquet, que vous essayez de tout gérer seule sans filet et ben tout s'écroule, « et moi je fais quoi ? Oh non je vais perdre la main… » y'a aussi ce moment où un patient décompense et que toi tu t'imagines seule face à ça, mais en fait t'es juste spectatrice de l'Ide qui gère grave et toi ben t'es redevenue la petite ESI. Là tu te dis « oh putain, j'suis nulle, j'suis qu'une merde en boite, j'y arriverai JAMAIS »
Le stage DE, on en parle ?
Voilà dans mon lit, les yeux grands ouverts, la tension au plafond, le pouls battant…Il est 22h00, je dois dormir car demain matin, je passe ma MSP DE, vous savez cette MSP horrible puissance 10000²…
22h30 : même état de stress
23h00 : même état de stress + pleurs
23h30 : prise du 1/4 lexomil d'extrême urgence
00h00 : lâcher prise aux pays des bisounours
4h45 : réveil en nausées, tête dans le cul puisque le lexomil est  encore bien actif
5h15 : départ pour 1h de voiture en pilote automatique
6h15 : arrivée en mode « rôdeurs » #thewalkingdead
6h20 : passage aux vestiaires et aux WC pour la dixième fois
6h30 : à la relève mais en version inception (j'suis dans quel étage de mon cauchemar là ?). Mise à jour des démarches, tout va bien. Pas de mort pendant la nuit, c'est déjà énorme…
7h00 : Arrivée de la formatrice d'un autre IFSI, inconnu au bataillon mais elle ne s'appelle pas ginette c'est tout ce qui compte (oui ginette est connue « départementalement parlant » c'est le dragon à ne pas avoir à sa MSP DE, personne n'en sort indemne). Elle me sourit et me dit de respirer… pourquoi j'suis bleu là ?
Et là ben j'ai dû subir une « sortie hors du corps » : les 10 glycémies et 10 adaptations des doses d'insulines, présentation et éducation d'un patient à l'utilisation d'un nouveau lecteur de glycémie en mode visiteuse médicale :
le freestyle papillon est un des meilleurs produits de notre gamme et bla bla bla », une éducation à l'insuline lente, un ECG, un pansement de pieds diabétiques, transmissions orales et écrites et pis c'est tout…
Mes patients avaient tous un regard inquiet pour moi et tous ont dit « elle travaille bien cette petite ».J'avoue que ça faisait très louche comme si je les avais menacé avant que la formatrice arrive.
Puis la matinée s'est terminée, la formatrice est partie et j'ai eu droit à « comment ça s'est passé ? »
Moi je n'avais que d'yeux pour l'IDE qui m'a noté et qui connaissait le résultat. Elle ne voulait rien lâcher et même ses autres collègues essayaient de lui tirer les vers du nez. Finalement, juste avant de partir, j'ai eu droit à « vas te reposer, tout va bien ». J'imagine que si je m'étais lardée, elle m'aurait plutôt dit « tout n'est pas perdu » arggg…
La troisième année s'achève, un petit pincement au cœur malgré tout. C'est connu plus on en bave, plus les liens sont forts mais quand même faut pas exagérer.
Ce matin c'est spécial, on a tous rdv à l'ifsi, on peut venir accompagné, histoire d'être ramassé à la petite cuillère. Un petit coup de digicode et on prend l'escalier ; là on croise un formateur qui nous dit c'est là que ça se passe ; plus tard on saura qu'il avait la lourde tâche d'intercepter les personnes en rattrapage. Oui ok, on se retrouve chez les formateurs, au compte goutte….On est quasiment au complet et tous très excités. Une des formatrices recompte et puis on demande le silence. Et dans une phrase complètement irréelle, on s'entend dire : " vous êtes tous infirmiers diplomés d'état !!!!! " Un soulèvement de petits cris et les larmes de joie coulent, on se congratule…Un des plus beaux jours de ma vie.

Au revoir la promo 2003/2006, ce fût un plaisir d'être ici et d'en chier avec vous…on se donne RDV dans 10 ans ?

Episode 1
Episode 2




J'<3 mon IFSI, Episode 2 | Janvier 2014

soirée integration infirmiere

...Suite de l'épisode 1...
Les débuts sont prometteurs, le management de l'étudiant est bien rodé, les traditions aussi. La fameuse première soirée infirmière avec son bizutage à l'éosine, béta, bleu de méthylène, danses ridicules, serment de l'étudiant infirmier, seringues de flottes ou d'alcool et autres artifices ultra-kiffants quand on débute la formation.
Les premiers temps, l'ambiance est au beau fixe, les personnes commencent à se connaître à déconner ensemble. On se fait quelques fins de journée au bar. On appelle ça la « lune de miel » en psychiatrie.

Mais voilà, à 50, l'unité est dure à préserver et même une journée d'intégration en plein air n'y pourra pas grand-chose…
Il y a : les tous jeunes bacheliers, les reconvertis, les « changements de voies de dernière minute », les perdus, les versions longues (cap/bep/bac/prepa/ifsi), les « faute de mieux », les mamans, les « sur le tard »,…
Sans compter sur les caractères : les leaders, les timides, les ni plus ni moins, les rebelles, les casse-bonbons, etc…
Autant de critères qui font que le groupe se scinde en différents clans. Comme à Poudlard ; serpentards, Gryffondor, serdaigle et poufsouffle…
Et puis un vendredi soir, veille de week-end, ça nous prend comme un coup de barre dans la gueule, une bonne claque derrière la tête, la promesse de jours difficiles à endurer…les partiels vont commencer et s'enchaîner à un rythme effréné. Mais si ce n'était que ça …il faudra préparer un travail de groupe, réviser, aller en stage, préparer et passer les horribles MSP, préparer des démarches, des retours de stages, recherche documentaire, re-re-re-travail de groupe, réviser, réviser, triple, quadruple partiels…..vraiment QUE DU BONHEUR !
Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. Non là, c'est le bordel, tout en même temps, tout le temps !!!
Après cet état de fait vient les désillusions, la fatigue, l'énervement de chacun qui se ressentent tout de suite sur l'atmosphère et l'humeur générale. Les journées sont interminables, 8h-18h puis arrivée à l'appart, on repart pour des révisions jusqu'à très tard…sachet de nouilles instantanées ou manchons de poulets au micro-onde pour nourrir la bête…Certains ne finiront pas cette première année.
La deuxième année sera également rude, l'entente entre les clans est plus ou moins difficile, un poil meilleur après les soirées infirmières, monstrueusement dégradée après les foires d'empoigne que sont les choix de stages. Un listing, chaque étudiant dans son groupe de spécialité et puis…démerdez-vous…avec un peu de chance, tout le monde y trouve son compte enfin ça, c'est ce que se disent les formateurs quand ils ferment la porte derrière eux et vont boire le caf' en attendant.
A leur retour, les visages sont rouges, parfois les yeux larmoyants ou même exorbités de colère…le choix est fait mais les vengeances se préparent pour la prochaine session.
Arrivé en fin de deuxième année, quasi tout le monde est passé par la case stage en psy. J'imagine que lorsque l'ifsi dépend d'un CH/CHU classique, les lieux de stages en psy sont plus épars mais ici la concentration et la diversité de services psy sont telles que ça serait dommage d'aller plus loin. Tout ça pour vous parler de ce fameux passage dans les jardins de l'HP pour entrer dans le bâtiment de l'IFSI. Oui ! ce chemin assez redouté au début, l'est devenu d'autant plus qu'à plusieurs reprises, certains patients venaient nous taper l'épaule sans faire de bruit et nous sortaient de notre état comateux d'étudiants en énième veille de partiels se rendant à la bibliothèque de l'HP.
Nous avions appris bon gré malgré à apprivoiser ces patients ou peut être que c'est eux qui nous ont apprivoisé ?
A la fin de la deuxième année, comme si ça ne suffisait pas, on se prépare à cette troisième année et son petit bonus de 6 mois. On sait que ça va être chaud chaud et qu'en plus de tout le reste, on aura ce bon vieux TFE et sa soutenance couplé à la MSP DE…mais on le sait bien maintenant, on est venu ici pour en chier...

Episode 1
​Episode 3


J'<3 mon IFSI, Episode 1 | Janvier 2014

L'infirmière du site perso de la profession INFIRMIERE

Avant de pousser son chariot, chaque infirmière a un jour connu les bancs de l'école enfin… les bancs de l'IFSI ….pas tout à fait une école spécialisée, ni une fac. C'est un peu des deux, mais en vase clos…une usine à infirmière quoi.
Dans la masse compacte du concours d'entrée, tout le monde est loin d'imaginer ce qui se trame derrière ce concours long, barbant, angoissant…d'ailleurs à ce stade-là, les 3 ans et demi -(old school)- paraissent loin et invisibles.
Seulement une fois réussi, le concours devient une simple formalité…
Arrive le temps de la découverte, phase d'excitation intense, on va enfin passer les portes de l'inconnu, l'insaisissable tellement souhaité…
L'arrivée devant l'hôpital psychiatrique, berceau de l'IFSI tant convoité, est inoubliable…
La porte d'entrée est minuscule par rapport à cet énorme hôpital.
Jadis appelé asile d'aliénés, il est chargé d'histoire et ses murs ou plutôt ses remparts et l'imposant clocher transpirent la souffrance, la folie... J'avoue que je me suis sentie fascinée.
Un petit attroupement, bien moins que la cinquantaine de futurs étudiants que comptera notre promo, s'est organisé en un cendrier humain devant le sas d'entrée. Malgré l'anonymat de chacun, un lien se crée au pied de l'édifice. Une taf, des petits rires nerveux, une taf, des petits rires nerveux, l'attente est insupportable... enfin c'est l'heure…
Le petit groupe entre dans le sas.
«Sonnez et patientez » écrit en tout petit sous le bouton de la sonnette.
Le grésillement de la gâche électrique se fait entendre, criard, désagréable, accompagnant les décharges d'adrénaline.
Le grand hall s'offre à nous, tout habillé de marbre du sol au plafond, brillance et froideur. On se croirait dans un de ces bâtiments de mise en bière, un avant-goût de notre futur métier.
La standardiste et les gardiens nous accueillent avec beaucoup de chaleur comme s'ils étaient heureux de voir des gens sains de corps et d'esprit. Ils nous expliquent  le Long chemin vers l'IFSI.
Le petit convoi s'active, face à nous une espèce d'arche et une porte imposante, c'est l'entrée de la chapelle, le cœur de l'hôpital, l'élément incontournable dans la ville. Autrefois considéré comme un lieu de thérapie, de purge de l'âme par tous les malades croyants ou mécréants. Aujourd'hui  elle est vaguement utilisée mais plutôt considérée comme un activateur de délires à thèmes mystique et ésotérique…
Notre route bifurque sur la droite de la chapelle, un couloir puis une cage d'escalier type préfecture des années 50-60, un brin stalinien mais plutôt contemporain.
Un étage plus bas, nous arrivons au terme de cet escalier devant une porte. A peine le temps de l'ouvrir que nous voilà nez à nez avec deux patients, pas d'hésitation possible, leur étrangeté, leur physique, leur démarche, leurs  yeux exorbités trahissent leur maladie honteuse ; Ce que toute personne ignorante est en droit de penser en les croisant, comme moi. Mais chacun de nous apprendra bientôt ce qu'est la maladie psychiatrique, la souffrance et les ravages dûs au traitement chimique mais de l'autre coté de la balance, un peu de sérénité et un semblant de normalité.
La porte s'ouvre sur un corridor ouvert sur le grand parc ; verdure, haies, arbres par-ci par-là mais pas que…d'autres patients à la démarche bizarre (#Thewalkingdead), parfois des éclats de voix...mais aussi des soignants ou personnels en blouses blanches. Assez déroutant comme première approche …
Le groupe traverse les jardins d'un pas rapide pour enfin arriver devant l'IFSI. C'est un bâtiment sur 2 étages, formé de dizaine d'arcades avec  porte à digicode…
La promo 2003-2006 allait commencer son long périple vers le DE au sein de ce vieil asile….

Episode 2
​Episode 3


Pourquoi je suis devenue Infirmière ? : M-7 | Décembre 2013

hopital

Chez moi, c'était pas évident comme chez certains.
Une enfance et une adolescence en dents de scie qui n'a laissé guère de place à une vision d'avenir…mais je me suis donnée les moyens d'arriver à ça.
J'ai dans mes souvenirs, quelque chose qui m'a marqué et qui a dû m'orienter vers ce choix…inconsciemment.
En vacances dans le sud-ouest, quart de la France où sont mes racines, j'avais 8 ans à l'époque…perdue dans les maïs, j'essayais tant bien que mal d'occuper mon temps, entre dinette et dessin.
Dans la chaleur étouffante et moite de l'été, je m'apprêtais à rentrer dans la bâtisse campagnarde. La main sur le portillon rouillé, prête à l'ouvrir, j'ai soudain sentie une douleur vive, profonde, perçante.
Un bourdonnement s'en est suivi et 4 ou 5 guêpes, toutes excitées sont sorties du tube carré du portillon.
N'ayant aucun souvenir d'une telle douleur, je me mis à hurler pour appeler ma grand-mère. Complètement affolée, la main déjà enflée, j'entre alors dans la cuisine où celle-ci m'attends, se demandant ce qu'il m'arrive.
Puis j'ai découvert ce qu'étaient les remèdes de grand-mère…passage de la main sous l'eau glacé pendant un grand moment mais rien. Puis compresse de vinaigre de vin à m'en donner des vertiges tellement les vapeurs étaient fortes.
Mais rien, le gonflement se poursuit inexorablement ;  la main puis l'avant-bras maintenant.
Ma grand-mère commence à s'affoler et me dit qu'il faut attendre le retour de mon père parti faire du parapente… Jadis pas de téléphone portable évidemment … (lol)
Le soleil se couche sur mon bras dur, engourdi, enflé, rouge, chaud…je commence à avoir une bonne fièvre et la douleur devient insoutenable.
Mon père fait son entrée et découvre la situation. Pas affolé pour un sous, il me dit : « demain matin je t'emmène chez le docteur »….je me rappelle bien de la crise que j'ai fait par la suite, décidée à ne pas rester dans la lugubre demeure perdue au milieu des champs de maïs, à souffrir le martyre jusqu'au lever du soleil ; c'est sans doute cela qu'on appelle l'instinct de survie…
Sur la route de campagne, dans le noir complet, la voiture se déplace à vive allure ne croisant que les yeux brillants des chats errants. J'ai mal, je me sens oppressée et mon cœur bat vite, je le sens dans ma poitrine.
La traversée de quelques villages me rassure un peu. Puis enfin, la ville, lumineuse, vivante, fourmillante, me redonne l'énergie de patienter.
Se dessine alors un grand ensemble de bâtiments, toutes lumières éclairées, on voit tout de suite que ce ne sont pas des barres d'immeubles classiques…Il s'en dégage une forte énergie…positive…
J'ai alors le souvenir d'entrer dans un immense couloir dans les tons gris/bleu, le vieux lino moucheté, des murs sales et creusés par des brancards, un néon tremblotant…puis un box sans âme des urgences où j'attends avec mon père ; un jeune homme entre. Je me souviens de la manière dont il m'a abordé, j'ai trouvé ça bizarre car on ne m'avait encore jamais considéré en tant que « moi » si bien que j'avais l'impression qu'il parlait à quelqu'un d'autre dans la pièce. Sa première mission a été de me rassurer et ça a très bien marché.
Mon père a dû s'absenter pour la paperasse sans doute…et je me suis retrouvée seule avec lui. J'avoue qu'à cet instant, je me suis sentie troublée. Peu bavarde sur ce qui m'amenait là, il a commencé à me poser des questions sans succès. Puis il a commencé à me faire rire, le coup du gant bonhomme,… Il avait réussi à avoir ma confiance. Il m'a expliqué que j'allais être hospitalisée en pédiatrie car mon état nécessitait traitement IV et surveillance…tout ça est passé comme une lettre à la poste et j'avoue qu'au fond de moi ce petit séjour allait enfin pimenter des vacances que je qualifiais de « solitaires »…Mon père était revenu et cet infirmier, pour me dire au revoir, a commencé à m'expliquer qu'il était triste de me voir partir, qu'on avait bien ri et que si je le voulais, il pourrait attendre que j'ai le même âge que lui en restant dans un grand frigo et que comme ça, il pourrait me retrouver pour se marier avec moi…Waouhh !! mon père sortit un petit ricanement mais moi j'ai trouvé ça super même si malgré mon jeune âge je connaissais déjà les désillusions et l'énorme mascarade des princes et princesses, le mariage et toutes ces choses censées émerveiller une petite fille de mon âge. J'étais conquise et j'avais un petit pincement au cœur de quitter ce lieu que l'infirmier avait rendu agréable, lumineux, doux à mes yeux en dépit de son insalubrité.
La suite a été moins agréable, 4 jours d'hospit, les 2 bras retenus, et par l'œdème et par la perfusion au pli du coude allié à un objet de torture pur et simple pour maintenir mon bras déplié. (J'ai bien tenté une recherche sur le net pour vous montrer mais rien ; ils ont dû abandonner l'idée et piquer à un autre endroit…bref…)

Le temps a passé, le souvenir s'est enfouit très loin dans ma tête mais m'a guidé vers mon métier, quand à un moment de ma vie je me suis définitivement égarée.
J'aime à croire que j'ai pu laisser au moins une fois ce souvenir chez un enfant ou un adulte que j'ai soigné.
J'ai encore l'envie de recroiser le chemin de cet infirmier pour lui raconter et le remercier. Il aurait aujourd'hui une cinquantaine d'années… à moins que…



De l'autre côté de la barrière : M-9 | Octobre 2013

nurse mom to be

De nombreux IDE ont un jour eu l'occasion d'être de l'autre côté de la barrière, quelques fois pour de tragiques maladies, d'autres fois pour des petits bobos voire des grands bonheurs…
J'avais envie de vous raconter « mon autre côté de la barrière heureux »…autrement dit mes séjours au bloc obstétrical et en maternité… Des mots qui sonnent joyeux, cotonneux, promesses d'un avenir merveilleux, plein d'amour…oui mais non !….pas tout à fait en réalité.

D'une part, tout le monde est d'accord pour dire qu'une infirmière, un médecin ou en encore tout métier de la santé (et de l'éducation nationale) sont insupportables à soigner, hyper stressés, ce sont eux qui sonnent le plus souvent, qui ont des tas de questions parfois invraisemblables et ce sont eux les plus pessimistes => Ce qui au vue de notre formation et de notre expérience est normal…
D'autre part, l'infirmière n'est pas sage-femme (cf intro de "BBB") mais elle a quelques vagues notions d'obstétrique et surtout une mauvaise habitude de fouiner partout,  même dans la boite de Pandore, c'est-à-dire INTERNET….là où TOUT est possible surtout sur les forums comme doctimachin…

Infirmière ou pas, on ne peut rester insensible à des mots comme ventouse, forceps, péridurale, déclenchement, césarienne….mais quand on est infirmière il y a des mots qui ne pardonnent pas et qui permettent d'échafauder les pires scénarii :
« C'est sûr, quand il va me faire la péri, il va me faire une brêche et je serai alitée pendant 3 semaines  car le patch n'aura pas fonctionné. Pipi/caca au bassin, lavement, toilette au lit, et surtout surtout ! Je ne pourrai pas allaiter bébé et il me détestera à tout jamais… »
Personne n'aime entendre qu'il faut une césarienne, quoi que nombreuses sont celles qui pensent que c'est le mieux pour pas déformer, hum…(c'est une erreur, cf  la suite). Pour l'infirmière c'est encore pire !!!!!
« Oh non ! pas une césarienne, il parait que parfois la rachi ne fonctionne plus (hum, imaginaire collectif), risque hémorragique, risque infectieux, risque thrombo-embolique, rupture utérine, placenta prævia si prochaine grossesse…, bride intestinale avec occlusion quand je serai vieille… (ça c'est vrai !) »

Oui souvent l'infirmière exagère et imagine le pire…

Concrètement, qu'est-ce que ça a donné pour moi ?
Ben j'ai pas été trop pénible question sonnette mais qu'est-ce que j'ai été stressée !! à tel point qu'avec le recul, je pense avoir ralenti mon premier accouchement, persuadée de ne pas être prête, et pleine de flippes : anti-péri (normal… la brêche quand même !), anti-déclenchement (produit toxique), anti-extracteur obstétrical (traumatisant pour l'enfant), anti-antalgique (pas de morphinique).
Résultat 2 jours et 1/2 de faux travail calmé au nubain (vraiment planant ! mais nausées beurk), 12h de travail déclenché au syntho avec pose de péri :
« Madame après presque 3 jours de douleur, une petite péri vous permettra de réussir à pousser »…ben oui !...que répondre à ça ?
Et le final, au bout du bout, la césarienne dans un coin de ma tête (et tous les merveilleux risques) , on m'annonce alors que « non pas encore on va plutôt utiliser la ventouse »….ben oui ! quoi ! une ventouse c'est mignon, c'est pas en fer comme les forceps, rien à voir avec la ventouse à chiotte…
Tout en me rassurant sur le « joli » aspect d'une ventouse, j'entends alors dans la noirceur de la pièce, 4h40 du matin, la sage-femme, fatiguée, les traits tirés, le gynéco de garde à peine réveillé, son air enjoué comme à l'habitude mais pour le coup surjoué comme pour rester bien éveillé… Le scialytique sur leurs deux visages :
- « vous voulez la petite ? «  dit la sage-femme.
- « Oula non !! donnez-moi donc la grosse ventouse !! »

J'ai l'impression d'être dans un de ces rêves qui n'a ni queue ni tête (cf « Retour à la clinique »)

4h56, ma Barbalala est née après 3 jours de « souffrance » in et ex-utero, toute la panoplie des drogues de l'accouchement, tout ce que je ne souhaitais pas…
Quelques heures plus tard, dans la formidable chambre double de la maternité, très jolie, couleur pastel, en bon état. Un peu frisquet, les fenêtres alu avec climatisation intégrée en plein hiver, disons plutôt que le double vitrage n'existait pas à l'époque de la construction du CH…
Trop épuisée, je n'ai pas fait le sempiternel scandale (que nous soignant entendons à longueur de journée) pour leur dire :
- «et dis donc !  j'ai rempli la demande de chambre paticulière, pourquoi je n'en n'ai pas ? c'est inadmissible...
-mais madame, il n'y a plus de place dans le service… »
Barbalala et moi avons beaucoup pleuré le soir venu…

Les jours passent et la sage-femme du bloc vient me rencontrer. On reparle vite fait de l'accouchement marathon. Je lui fais remarquer qu'en plus de ça, j'avais dû être super chiante du fait de mon métier…
Un petit sourire en coin, elle me dit : « on appréhende toujours de soigner des professionnelles de santé mais je dois dire que vous, vous avez été une perle ! »
Bouing !! Ah aaa ah bon ? ben tant mieux ! hein !

C'est par la suite, 2 ans et demi après,  à l'arrivée imminente de mon fils que j'ai pris les choses en main et ai décidé d'être Madame-l'infirmière-casse-couille-de-service, avec le bagage obstétrique de base + Master  de « Maman grade 1 »…
oui ! ça a dû être éprouvant pour l'équipe et surtout la sage-femme, de bien vouloir suivre mes volontés... mais barbibul est arrivé tout frais, 7h de travail, pas une goutte de syntho, ni de péri….à la seule force de la matrice…
Je ne sais pas trop comment ni pourquoi, mais on m'a installé en chambre particulière, un point d'eau et  une table à langer intégrés, télévision, et petit balcon…température optimal du fait du début de l'été…le pied intégral quoi…

Soignants ! soyez chiants ! (ça rime en plus)


Retour à la Clinique : M-9 | Octobre 2013

reve de clinique

Ah !!! enfin !!!…J'entre dans la clinique, une serviette à la main. Ce genre de serviette en cuir noir qu'on voit dans les films de trader ou banquier. Cette fois-ci c'est la bonne, je vais retravailler, enfin.
Je suis alors habillée en tenue de travail, toujours cette serviette à la main et je marche dans le couloir lumineux. Je croise patients et médecins. Le personnel a changé, personne ne me reconnaît.
J'arrive devant la porte de la responsable du service qui est ouverte, je ne la connais pas mais il y a un air très familier qui me met en confiance.
Elle m'emmène vers un endroit nouveau et je me dis « tiens ! il y a eu quelques travaux depuis ma dernière visite ».
Nous entrons dans une petite pièce noyée de soleil, un bureau, des étagères, une belle table de consultation qui sent le neuf.

-« voici la salle réservée aux consultations de stomathérapie, soins et éducation, me dit-elle avec un large sourire ».

Je suis émerveillée comme une gamine, j'exulte mais je me retiens devant cette femme que je ne reconnais toujours pas mais qui m'est de plus en plus sympathique.
Je pose alors ma serviette sur le bureau, la boucle de fermeture claque et ce son résonne en moi comme un diapason. J'ouvre la sacoche et commence à en sortir le matériel de stomie, des échantillons de socles et poches, un livret d'informations, des brochures, je n'en finis pas d'en sortir encore et encore…
Le ciel s'est assombrit à la fin de l'énumération. Des nuages qui passent, font varier l'intensité de la lumière dans la pièce, tantôt une chaleur douce me réchauffe, tantôt une sensation de froid me glace le sang.
Je suis maintenant seule, je range petit à petit. J'ai du mal à trouver une place pour chaque chose, la pièce me parait de plus en plus petite.
J'ai une boule à la gorge, désagréable, c'est sans doute la soif. Je décide alors d'aller au sous-sol me prendre un thé à la machine, cela me réchauffera également. Je laisse tout en plan. Le couloir est vide maintenant, chacun dans sa chambre, une odeur âcre rappelle que le repas a été servi il y a peu…
Plus je descends l'escalier, plus la lumière du soleil se fait rare, le couloir du sous-sol est gelé, les mêmes néons que dans les étages paraissent énormes et très bruyants, les tuyaux d'arrivées et d'évacuations tapissent le plafond et par endroit les murs, comme des tentacules prêtent à me capturer. J'accélère le pas, je n'ai jamais trop aimé cet endroit.
Le gobelet à la main, je suis dans l'ascenseur, la moquette orangée des année 70, commence largement à se décoller.
Je rejoins le service, les couloirs sont à nouveau remplis de petites fourmis. J'ai à côté de moi, un médecin, stéthoscope autour du cou. Je ne le connais pas du tout. Il me parle mais je n'entends pas bien avec le bazar ambiant. Je crois qu'il me tutoie.
Dans cette interminable marche dans le couloir, s'interpose alors des visages familiers, je reconnais toutes les collègues, celles avec qui j'ai appris, les galères, les bons moments, les fous-rires….
Puis j'entends la responsable qui arrive d'un pas décidé, bruyant, sec, on sent la colère… c'est sa voix qui m'est familière, c'est là que je m'en rends compte. Elle hurle, hystérique…je n'arrive pas à me tourner pour lui faire face. Je me sens portée par mes collègues comme une fuite en avant. Elles continuent à me parler toutes en même temps. Je me sens agressée par elles.
Puis les paroles de la responsable deviennent audibles et s'adoucissent :
- « Tu ne peux pas rester ici, tu dois partir, tu ne reviendras plus jamais, c'est TERMINE !
Mais tout était tellement beau, pourquoi ? lui répondis-je… »
Je ferme les yeux, tout se trouble, tout est vague, j'ai envie de pleurer mais rien ne vient.

J'ouvre à nouveau les yeux, je suis là dans mon lit, lundi matin, le 2 septembre 2013, veille de rentrée scolaire pour ma barbalala, le rêve s'est transformé en cauchemar…maman ne fera pas sa rentrée cette année ni même un autre jour peut être…

Je décide de me plonger dans un des liens qui me rattache à mon métier, celui qui me donne le plus de travail…c'est mon site, l'autre lien est plus cool ==> les « beach » se reconnaîtront….

Aujourd'hui j'inaugure une nouvelle rubrique…entre deux publications, j'écris cet article pour conjurer le sort….à suivre...


​Le chat noir : M-10 | Septembre 2013

Le chat noir, tout le monde le connaît dans un service. Il a la particularité d'attirer tous les ennuis, comme un aimant...mais le truc le plus fort c'est qu'il contamine quiconque s'approchera de lui.

-Et vous, êtes-vous chat noir ou victime ?
-Moi j'en ai connu quelques-uns mais pas trop...pendant un moment, j'ai bien cru être complètement atteinte, comme dans les films de zombies contaminants ou les vampires assoiffés mais finalement j'ai pu mettre ça sur le compte de ma jeune expérience...
-Et concrètement, qu'est-ce que ça donne un chat noir ?
-Ben là je dois dire que... (terreur dans les yeux)...ça commence dès l'arrivée dans le parking du boulot et tout ça avec beaucoup de sournoiseries.

On trouve une place tout près de l'entrée de la clinique, vraiment inespéré à cette heure de la journée !
Tout enjoué on s'approche des portes quand tout à coup, la plaque de verglas invisible vous étale de tout votre long et ça devant le regard dubitatifs des collègues et patients des urgences bien au chaud derrière leurs fenêtres...
Rien de grave quoi que ça pique quand même. On se relève et au fond de soi on se dit que ce n'est que le début.
On prend les escaliers de service et encore un peu secoué, on monte un étage de trop : - "shit".
Arrivé aux vestiaires, une odeur putride s'échappe du siphon de la douche, à tel point que rester là devient difficile, on se dépêche de s'habiller puis un passage rapide aux toilettes...p**** plus de PQ puis distributeur de papier vide (COMBOS)...on prend la peine d'en remettre...
La mauvaise humeur commence à s'installer lentement mais sûrement.
A la sortie du vestiaire, d'un pas décidé, on se dirige vers la salle de soin, les portes des chambres défilent, quand un bruit sourd et aigu à la fois se fait entendre, de plus en plus fort, de plus en plus clair...l'ouïe et maintenant l'odorat sont largement stimulés.
Puis la vue... d'une porte entrouverte. Tout s'éclaircie à présent, madame Ginette gît sur le sol, le plateau de midi éparpillé au sol ; pas de chance à midi c'était viande en sauce. Madame Ginette a bien tenté de se mouvoir mais les perfusions à son bras l'en empêchent, les tubulures sont tendues comme un string. Plus de peur que de mal, madame Ginette a glissé de son fauteuil en voulant rapprocher avec ses pieds son chausson égaré.

Dans l'encadrement de la porte de la salle de soins, j'entends le brouhaha de l'avant-relève, quelques éclats de rire et plusieurs voix qui m'interpellent : "Ah enfin !!!! la relève arrive, j'ai faim !" Hum hum
Quand l'accueil est chaleureux comme ça, on a tendance à se dire que si l'ambiance est bonne, elle le restera...mais que nenni, il faut bien qu'il y ait un point de départ aux emmerdements.
Le relève se passe, parsemée de nombreuses sonnettes, de 4 retours de blocs, tous du même secteur.
Ce secteur qu'on s'est soi-même attribué par hasard, au décours d'une rigolade : " allez au pif, je prends le A".
Plus tard, on se dira : "j'aurai mieux fait de fermer ma gueule".
Secteur qui s'est vu vidé le matin des 2/3 de ses patients et qui évidemment est comblé par de nombreuses entrées pour le soir, 10… c'est que dalle ! fingers in the nose quoi.
Et que reste-t-il ? du palliatif, des J1 douloureux et ah oui ! j'oubliais ! des retours de soins continus, toujours au top de leur forme d'après tout le monde, ben oui pourquoi on les mute en chir alors ? autant les faire sortir s'ils vont si bien que ça !!
L'humeur devient un peu plus morose à la perspective de cet formidable après-midi.
Mais restons zen, quand on n'est pas un chat noir comme moi, tout se déroule avec harmonie, joie, tout est efficace, tout se goupille parfaitement, sans accro, bien huilé, dégripé à la WD-40 (pour les bricoleurs ;) )
La relève se termine quand le bruit de la fourmilière se refait entendre.
On me glisse dans l'oreille comme un post-scriptum : "au fait ! y'a pas de chef aujourd'hui, faut faire la pharma et n'oublie pas les bons de plaquettes pour demain matin".
La simple évocation de la pharma me file la gerbe...avant on prenait notre lisiting, stylo à la main et on butinait assez rapidement devant chaque étagère, locaux ; c'était fastidieux mais vite terminé. Maintenant, avec le super logiciel et la zappette de chez super U, on perds 2 fois plus de temps. Au mieux on est 2, l'une sur l'ordi et l'autre hurlant les quantités à commander. Au pire, seule, un papier à la main à noter tout le nécessaire puis bip bip devant l'ordi......interminable.
Mon côté pessimiste de la situation et les 4 blocs qui attendent m'empêchent d'aller boire le traditionnel thé/café avec les collègues, je n'ai plus envie de rire, il faut attaquer tout de suite.

-Mais dites-moi, à ce moment-là ça fait combien de temps que vous avez attaqué le poste ?
-Hum environ, 40 minutes...
-vous nous promettez un sacré show ! (applaudissements)
-...

Etonnement, tout commence bien, les blocs sont vus, le premier tour est classique, sans encombre, Madame Ginette est prête pour sa sieste post-prandiale.
Je décide de prendre connaissance des dossiers des 10 entrées, histoire de me faire une idée des futurs hospitalisés, de leur traitement, leur préparation...quand soudain, j'entends au bout du couloir des cris d'enfants suivis de cris d'adultes. Je saute de ma chaise et vois une scène irréaliste. Les 2 enfants, frères et sœurs au demeurant, opérés du jour et remontés dans le service 20 minutes plus tôt, se courent après dans le couloir. Les yeux écarquillés, je me dirige vers eux.
Ca y est ils sont enfin neutralisés par leurs parents.
Je les invite à tous retourner dans leur chambre et recouche les enfants. Les parents paraissent abasourdis et je dois dire que moi aussi. Tous les deux allongés dans leur lit, ils s'agitent comme 2 asticots avec un regard assez flippant. Ma collègue AS m'a rejoint, on commence à leur prendre leurs constantes, je regarde à nouveau les feuilles de blocs et quand je relis « NUBAIN », je me dis que c'est le seul qui puisse être le responsable de cette mascarade. L'anesth me confirmera l'hypothèse ; réhydratées et calmées au Perfalgan, les 2 anguilles retrouveront rapidement l'état de loque des opérés en post-op immédiat.

Je reçois alors un retour des soins continus, une patiente que l'on fait remonter dans le service de chirurgie car elle commence à « péter les plombs ». Le motif serait la promiscuité des soins continus. Certes… mais la patiente, opérée d'une colectomie, n'a pas repris le transit, est en alimentation parentérale, diabétique de surcroît et sous PSE d'insuline, SAD, SNG. A surveiller comme le lait sur le feu.
En face, mes collègues courent en tirant la langue, visiblement ça chauffe en face aussi, elles ont beaucoup de retour de bloc et me jettent « j'ai pris une urgence ». Jamais 1 sans 2, jamais 2 sans 3…
Vient le flux ininterrompu des entrées et des habituels problèmes de traitements personnels.

Germaine a 80 ans, elle vient pour se faire opérer d'une cholécystectomie, elle possède la panoplie complète de médicaments prescrits à la personne âgée vivant dans un pays dit développé.
Anti-arythmique, anti-hypertenseur, anti-coagulant, anti-cholesterol, anti-diabétique oraux, anti-stress, anti-depression, anti-insomnie…anti-sénilité. Germaine vit seule et reçoit la visite de ses enfants et petits-enfants régulièrement mais germaine gère seule de son traitement. Elle me tend l'ordonnance noircie par son médecin traitant et commence un long monologue qui littéralement va m'achever. Germaine gère son traitement à la carte, quand elle sent qu'elle est « tendue » elle prend son anti-hypertenseur, en revanche quand le matin elle est calme, pas la peine. Pour l'anti-arythmique c'est pareil, si le cœur ne palpite pas, pas besoin et ainsi de suite…Germaine est une coquine, elle s'est bien gardée d'expliquer tout ça à l'anesth : « Il est tellement gentil et a tellement de travail, le pauvre...» . Je lui explique qu'il y a un soucis, que ce genre de médicaments se prend systématiquement, etc… Germaine a de la chance, le cardiologue doit l'ausculter ce soir, son bilan de coag et pré-op sera piqué et l'anesth/chir seront mis au courant de la situation…

Mr coolraoul, une quarantaine d'année est installé dans la chambre, il a vu l'AS pour le recueil d'info, la tonte, les préparatifs, etc ; il n'a pas de traitement personnel (Hi HAAA!!), le bilan est piqué et l'ECG est fait, il ne reste que la visite du cardiologue et du chirurgien. Tout est sous contrôle ou presque. Mr coolraoul a une demande express à me faire ; puisque que tout est ok, d'après lui, il souhaite rentrer chez lui pour regarder le match de foot Groland/Sainte-Cagoulasse-de-Mildiou avec son fils, il lui a promis. Je lui explique avec beaucoup de tact que ça ne va pas trop le faire cette histoire, que demain il va subir une intervention, qu'il reste des choses à faire. Je me retrouve face à un bonhomme en colère, qui ne veut rien entendre. Il a pris la mouche et ne veut plus discuter avec moi. Là j'ai un peu les nerfs, je lui explique qu'il doit attendre le chirurgien et qu'il s'arrangera avec lui. Il me provoque en me disant « on verra si je suis encore là ! ». Il grogne et moi aussi. Ce n'est pas la première fois qu'un patient veut partir pour X raisons et à chaque fois cette situation est très embarrassante et surtout chronophage…(j'appelle les responsables pour protéger mes arrières).

Le temps file de plus en plus vite et j'ai l'impression que je n'aurai jamais assez de temps pour finir tout ce qui est commencé. Comme une voiture a vive allure qui va venir s'écraser contre un mur.

Il faut bien noter qu'un binôme chat noir IDE/AS n'existe pas, c'est une ineptie...chacune galérera de son coté...

Le téléphone me sort de ma torpeur. Une urgence s'ajoute, une colique néphrétique, je me dis « ouf », la prise en charge sera assez facile et la douleur vite calmée (Merci Profenid).
Soudain, j'entends mon prénom hurlé dans le couloir, l'ASH qui distribue les repas du soir est toute affolée « viens vite VITE »…mes pieds tapent les dalles de linoleum blanches puis noires, j'entre dans la chambre pour retrouver mon patient opéré des varices, debout au milieu de la chambre, ne sachant que faire de ses deux jambes ensanglantées, les bandes de contention à ses pieds, une vraie passoire… Je rassure tout le monde, allonge le patient, jambes surélevées, ma gentille AS m'amène le chariot à pansement et je commence l'interminable pansement de varices bilatérales.
A cet instant, le téléphone sonne m'annonçant l'arrivée de deux opérées des dents de sagesse, l'ambulatoire ferme et les patientes sont encore dans le brouillard. Moi je suis dans la merde ; On tape à la porte, « le patient pour colique nephrétique arrive ». Je sors de la chambre, la relève est en train d'arriver, il me reste beaucoup de choses à faire, de patients à revoir, … Je décide de passer devant la porte de Mr Coolraoul, la chambre est vide, le lit défait, la lumière allumée mais personne. Je demande à tout le monde si il a été aperçu…rien. Je le retrouve à l'accueil du service en compagnie du chirurgien. Tous deux remplissent une autorisation de sortie en bonne et dûe forme. Je vois qu'il jubile mais je reste neutre. C'est bien, c'est chouette mais ce n'est pas suffisant ; bibi va devoir appeler, vu l'heure, l'administrateur de garde puis l'accueil et prier pour que Mr Coolraoul se pointe à l'heure demain matin, à jeun et lavé à la bétadine...
« 204 » en lettre rouge s'inscrit sur le vieille écran, suivi de cette alarme tonitruante qu'est la sonnette. Madame Ginette sonne, j'ouvre la porte et la vois entortillée dans ces perfusions, mon œil se fige.... en face de cette minuscule goutte de sang qui tombe sur son genou....Madame Ginette s'est dépiquée…

Ce soir-là, on a fait au mieux pour aller à l'essentiel, être dans l'empathie, l'écoute, rester souriante (sauf pour Mr Coolraoul), détecter les problèmes de santé graves ou moins graves, assurer la traçabilité, la continuité des soins…mais il y a une chose qu'on n'a pas pu faire, c'est cette foutue pharmacie.
On est sorti de la clinique à 22h30, en évitant la plaque de verglas, on est monté dans la voiture seule au milieu du parking nu et glacial, démarrer la voiture avec un sentiment d'impuissance, d'inachevé, une boule au ventre qui ne partira que 2 jours plus tard quand le jour de repos arrivera. On a roulé dans la ville quasi déserte, lentement, sans force et arrivé devant chez soi, on s'aperçoit enfin que le frein à main est resté tiré tout le long…Le chat noir est rentré chez lui et esperons, ne sera pas de la partie demain à 6h30…

-Merci à vous pour ce témoignage ! C'était une interview exclusive pour téléchat ! Merci Marge et Chalut à tous

chat noir infirmier


​Les absents ont toujours tort : M-10 | Septembre 2013

trsitesse

Dans mon précédent billet, je vous avais parlé de l'IDE-blues concernant ma reprise et bien maintenant, on peut parler de psychose puerpuérale....(jeu de mot que toutes les mères comprendront !!)

Bon... pour être claire et concise, mon cher service de chirurgie générale/viscérale connaît comme qui dirait une énième "crise".
Une crise économique, puisque c'est vraiment de ça dont il s'agit.
Le départ "inopiné" de 2 chirurgiens met en péril la rentabilité de notre service ; ni une ni deux, action/réaction, on décide une baisse d'effectif, un changement de roulement et surtout passage d'un service 7j/7j à un service dit "à la semaine" (fermeture le vendredi soir et mutation d'un binôme IDE/AS et des patients restants vers un autre service).

Bref, je me suis entendue dire au moins 3 fois "oui oui, c'est ok pour ce service, y'a pas de soucis, il faudra caler les congés que tu as accumulé, on te donnera un roulement au plus vite" suivi de :

  • essayage des blouses (arggg taille 2/3) et commande pour septembre.
  • gros kiffe avec les collègues... youpi da comme avant, yes !!
  • "Alors ! les petits chéris, maman va bientôt retravailler, hein, faut pas être triste !! ok les loulous... ?!"
  • Allo nounou, c'est ok pour la reprise, les chtiots arrivent en septembre (calcul du tarifs, demande CAF et rattachement fratrie, etc...)
  • Les voisins, copains, la famille, tous au courant...

...Et 10 jours après, ne voyant rien venir, j'appelle :
-"euh....oui...bonjour...en fait...ben...euh...on ne sait pas trop....y'a pas de garantie.....mais il n'est pas encore question de licenciement..."

  • gros coup de massue
  • les collègues en stress
  • grosse remise en question : stopper mon congé parental et tenter le coup de poker pour mon service ??? reprendre quand même et bosser dans un autre service...
  • Les voisins, copains, la famille : "Et alors c'est bientôt la reprise ? ---> ben en fait je ne sais pas trop...."
  • "les tchoupis, maman va peut-être rester encore à la maison" et les barbabébés : "Oh non ! t'as dit que tu retournais travailler pour gagner des sous".

J'ai finalement usé de ma formule R-E-L-A-T-I-V-I-S-E-R et eu beaucoup de chance d'avoir une nounou géniale qui m'attends. Je suis donc arrivée à la conclusion suivante :
Je renvois le prolongement de mon congé parental, et j'informe mon DRH que je souhaite le casser à tout moment pour réintégrer MON service si l'occasion se présente.
Après si ce n'est pas possible, je commencerai à penser à un changement de service ou d'établissement...
A suivre...

PS : Je revend au plus offrant un super livret sur les stomies fait avec amour pour qui voudra bien l'honorer comme il se doit....


​L'IDE-blues : M-3 et des brouettes | 28 Mai 2013

infirmiere

Qu'est ce donc encore que ce mot ?
Aujourd'hui j'ai un peu le cafard. Dans 3 mois, je retourne "définitivement" au boulot...Oui, je dis ça car je ne compte pas avoir un troisième mouflet, en tout cas pas dans l'immédiat.

J'en suis à un point où, j'ai envie de reprendre ma vie professionnelle avec une certaine confiance parceque ras-le-bol de "nettoyerrrr, astiquerrr, balayerrrr, casa toujours pimpanteeee..." . Je sais que je vais retrouver Mme Courage qui douille dans tous les sens du terme mais qui malgré tout me voue une confiance aveugle et me fait adorer ce métier...

Mais à coté de ça, je me dis qu'il va falloir revivre les nombreuses journées merdiques parsemées de chirurgiens mal léchés, de soins interminables parceque Mme Trucbidule s'est dépiquée pour la dixième fois, que Mr Machin frissonne encore et encore, que Mr Jaimal est en rétention urinaire encore une fois....., d'accumulations de tâches, d'urgence et j'en passe....et mes marmots sont tellement contents de m'avoir près d'eux si souvent.

Mais voilà, je suis maman ET infirmière et chacun de mes 2 cotés essayent de me faire basculer.
Alors il faut trouver cet équilibre si difficile à garder et R-E-L-A-T-I-V-I-S-E-R !

Voici les 10 commandements de la bonne Infirmière-maman :

  1. J'ai décidé que ma reprise va super bien se passer. (waouhh...)
  2. Au travail je vais me sentir pousser des ailes, répondre aux chirurgiens si l'un d'entre eux a été odieux.
  3. Résoudre le sac de noeud qui, si souvent s'invite pendant mon poste. Le résoudre oui ! mais avec bonne humeur et force.
  4. Le téléphone sera mon meilleur ami, il pourra sonner à volonté, je répondrai toujours avec grande courtoisie.
  5. Quand j'aurai déjà un pied dans le vestiaire, je laisserai le soin à mes collègues fraîches et dispos, de s'occuper de Mme Jarrivedubloctoujoursaubonmoment.
  6. J'ai décidé de ne pas me prendre la tête. (Disons que je laisserai tous les soucis aux vestiaires,..., "dégage sale bête!!")
  7. J'arrêterai de râler parceque tout n'est pas parfait. (grrr fa^# ch:!@& !! ça va être dur ça...)
  8. Je promets de ne jamais dire à une EIDE "Ah mais, j'y comprend rien à votre nouvelle formation ! ".
  9. J'ai décidé de m'investir dans le rôle de Madame pipi-caca autrement dit en stomathérapie.... (c'est comme ça que mes collègues me traitent, sympa hein ?!!!!)
  10. J'ai décidé de kiffer mon boulot même si tout n'est pas rose tous les jours.


Et biensûr, les 10 commandements de la Maman-Infirmière :

  1. J'ai décidé que je ne serai plus esclave de mes gosses. Il faudra maintenant qu'ils apprennent à patienter. D'ailleurs ils n'auront pas le choix, je ne serai pas là tout le temps .
  2. Je pourrai enfin stopper mes activités ménagères et laisser mon élevage de moutons revenir s'installer à la maison. L'évier va de nouveau déborder et le linge propre et les vêtements sales cohabiteront en une farandole de couleurs.......ah merde !! ça c'est déjà fait...
  3. Je profiterai de chaque seconde passée avec eux, même si ces messieurs-dames sont d'humeur massacrante.
  4. Je ferai le deuil de changer les couches qui ont débordé, d'avoir cette jolie petite tâche qui pue sur l'épaule et je ne serai pas forcément là quand il faudra tenir le saladier de vomito, ...snif (ça sera pas dur, au travail certains patients leurs feront largement honneur...)
  5. Il ne faudra pas pleurer quand je ne pourrai pas câliner ces morveux pendant 24h voire +, parceque je fais un soir-matin...
  6. Je ferai mon possible pour être là pour les fêtes importantes (chef !? si tu m'entends ?)
  7. Je fournirai mes enfants, avec parcimonie, en objet de torture en tout genre ; mega seringue monstre, chapeau de super-chirurgien, masque anti poison de sorcière, blouse de schtroumpf, surchaussure magique...
  8. Je continuerai à leur faire à manger comme il faut, du bio si possible.
  9. Je vais penser un peu à moi et redevenir une femme (une de ces phrases toutes faites que je déteste mais bon il le faut ! exit la polaire quechuouille)
  10. On s'aimera toujours, maman, "barbalala" et "barbibul", c'est juste que j'aurai un peu plus de sous...(un peu)

Ironie ou vérité ? à vous de faire le tri dans tout ça !



​Allaiter ne déforme pas les seins : M-12 | INTERLUDE 21 Septembre 2012

D'abord MERCI pour vos gentils messages, n'hésitez pas à en poster le plus possible !
Mon fils "Barbibul" est né le 28 juin 2011, ce petit gars haut comme 3 pommes va vers ses 15 mois ; il est la deuxième meilleure chose que j'ai fait depuis que je suis née, inutile de vous dire que la première c'est ma fille (ah bah si, c'est dit !!).
J'écris aujourd'hui car dans un an, je serai de retour au boulot, c'est l'occasion de commencer un petit compte à rebours ;)
J'aurai alors passer plus de 2 ans auprès de mes enfants... pas d'inquiétude, il n'est pas prévu que je les abandonne après ! c'est juste que le lien ne sera pas le même ; j'aurai plus la tête ailleurs et le temps défilera à mille à l'heure.
J'ai également décidé de continuer l'allaitement (oui à 15 mois !!!) au rythme d'une tétée par jour le soir au coucher et la nuit si besoin.
Je voulais m'arrêter pour ses 1 an mais déjà c'était trop dur et puis j'ai encore beaucoup de temps avant la reprise, pourquoi ne pas lui laisser ce petit cadeau encore un peu.
L'allaitement, dans notre société, c'est quand même assez difficile surtout les débuts. Il faut trouver la façon de faire, à tâtons, qui n'est plus tellement évidente car peu transmise de mère en fille comme avant. Et puis le plus dur, c'est de faire face aux innombrables reproches, remarques ou clichés du genre "enfants capricieux", "il tète tout le temps, il a faim, tu n'as pas assez de lait..." ; je ne vais pas m'étendre mais ça fera l'objet d'un dossier.
Tout ça pour dire que l'allaitement devient à mon sens quelque chose de très pratique et facile au-delà de 3 mois et de fantastique au-delà de 6 mois. Autant le dire, ce n'est pas avec un congé maternel de 2.5/3 mois qu'on peut se faire une idée de l'allaitement.
Durant cette dernière année, je vais pourvoir participer à une formation intitulée "soins infirmiers aux personnes stomisées" sur Lyon.
J'avais à l'origine demandé le certificat de stomathérapeute (une sorte de spécialisation, un expert des stomies urinaires, digestives, fistules et plaies entre autre) qui se déroule sur une année, 44 jours x3 au total. Mais la petite formation seulement m'a été accordée, d'une semaine. Je suis malgré tout contente. J'avais envie de mettre à profit ce temps pour faire une formation, qui au final n'empiétera que très peu sur la vie de famille.
Voilà les dernière nouvelles !
Je vous ai mis une photo de "Barbibul" et moi, un petit cadeau pour ses 1 an, pour que ce souvenir reste impérissable.


​A l'oeil : M+21 mois | 8 Juin 2011

femme enceinte

Dans 2 jours, voilà que j'attaque mon 9ème mois de grossesse et le dernier, tout s'est relativement bien passé mais j'ai dû m'arrêter assez vite, d'ailleurs j'étais contente de pouvoir gérer, et ma petite fille de 2 ans, et le planning nounou/papa/maman, les horaires décalés, et le travail d'infirmière évidemment. Jamais malade, peu de fatigue et puis tout à coup, un vendredi soir j'ai eu beaucoup de contractions, qui m'ont en quelque sorte, rappelé à l'ordre ; j'ai eu peur, j'ai dû quitter mon service et ma collègue sur les conseils de l'urgentiste, de ma cadre et de la directrice des soins pour rejoindre le CH (aucune prise en charge à la clinique). C'est de là que j'ai décidé de ne pas risquer un nouvel épisode de ce genre et j'ai donc "programmé" mon arrêt après mes vacances d'avril déjà prévu depuis longtemps.

Par la suite, la grossesse s'est bien passée avec quelques angoisses d'infirmière hypocondriaque ; La gynéco des urgences du CH, qui m'a vu le jour des fameuses contractions a effectué une écho et avec de l'inquiétude dans les yeux, m'a vaguement dit que les reins du bébé étaient déjà visibles et qu'à ce terme cela lui paraissait anormalement gros : "il faudra le faire vérifier à l'écho morpho n°2", ok ; sur le coup on ne se rend pas compte et puis on fait comme tout le monde, on va pianoter sur internet et là, on lit "pyélectasie uni ou bilatérale foetale", autrement dit une dilatation des bassinets dûe soit à un reflux vésico-urétéral, une malformation, une obstruction des voies urinaires, mais surtout ce qui ressort c'est que si la pyélectasie n'est pas isolée, il peut s'agir d'une trisomie 21 si d'autres malformations sont associées (coeur principalement).
Enfin bref, imaginez mon angoisse à la lecture de tout ça. Pour faire court et montrer l'absurdité de ce stress : j'ai, 15 jours après ça, vu mon gynéco qui m'a tout de suite demandé un compte-rendu de la précédente échographie afin de confronter les diamètres des reins recueillis par la fameuse gynécologue...comment dire...ben j'ai rien, elle m'a juste dit de faire vérifier l'évolution de reins qui lui paraissaient trop gros. Mais elle n'a rien mesuré...hum hum.
Résultat une échographie endo-vaginale, agréablement horrible à ce terme de la grossesse, afin d'avoir une mesure la plus précise possible.
Les reins sont de tailles NORMALES !!! "mais pourquoi lancer une telle information sans avoir mesuré quoi que ce soit ?" me demande mon gynécologue.
La normalité des reins fût confirmée 1 semaine plus tard lors de la 2ème échographie morphologique faite par une troisième personne, cette fois-ci échographe et qui fait des échographies de femmes enceintes toute la sainte journée !!

A la suite de ce stress inutile, j'ai décidé de ne plus penser à rien et de profiter de ma fille et ma grossesse, au rendez-vous du 7ème mois, on m'annonce que la tête de bébé est en bas, chouette !!, mais que celle-ci appuit beaucoup trop sur le col de l'utérus, ce qui peut entraîner un accouchement prématuré si je ne m'allonge pas au moins 1h30 matin et 1h30 l'aprem soit 3h/j. Je sais que certaines femmes enceintes sont alitées très tôt dans leur grossesse mais quand on ne se doutait de rien, ben ça fait bizarre surtout qu'il faut s'occuper de la petite tornade !
J'ai appliqué ça du mieux que j'ai pu pendant 15 jours et bébé est remonté !

Pour conclure, je tiens à dire à toutes celles qui ont dit ou qui diront "moi j'ai bossé jusqu'au bout et sans me plaindre"; je m'en f***, j'ai profité de ma grossesse qui sera peut-être la dernière de toute ma vie et ma fille et mon futur bébé m'en seront reconnaissants. On se sent déjà assez coupable pour tout un tas de raisons, c'est pas une poignée de bonne femme qui vont enfoncer le clou...


​Le messie : M+17 mois | 10 Février 2011

grossesse

Voici quasiment 1 an et demi que j'ai repris le travail à temps plein dans mon cher service de chirurgie viscérale et c'est sans surprise que vous devinerez que beaucoup de choses ont encore changé !
Je parle encore et toujours de la Direction, nouveau directeur-adjoint, nouvelle directrice des soins infirmiers et une grande nouveauté pour nous, une responsable d'unité de soins rien que pour nous et la cerise sur le gâteau, on la connaît très bien puisqu'elle a été infirmière comme nous dans CE service et connaît tous les problèmes spécifiques au service, à la clinique, connaît nos personnalités, nos angoisses.
Une vraie bouffée d'air frais pour nous mais pas pour elle !!! (Je ne me sens pas l'âme d'une chef, hier, aujourd'hui et demain.)
Ce qui a changé pour nous ? notre réputation de service "bordel" :

  • La tenue des dossiers est meilleure.
  • Le changement du planning change tout sur l'organisation du travail, exit l'unique jour de repos entre deux périodes de travail, c'est une vraie révolution, on se sent tous mieux, moins fatigués, on décompresse au maximum. Du mardi au vendredi, avec les 2 ide du matin et du soir, il y a un 3ème infirmier qui fait un "J" de 10h pour gérer l'ingérable de 6h à 16h30 ! c'est à dire, les hospitalisations et ambulatoires programmés du matin, le téléphone, les papiers et pansements de sorties, les urgences, les retours de bloc, la commande de pharmacie et c'est déjà énorme.
  • On est cadré, et on se réfère donc à notre responsable ; avant, chacun allait de sa propre opinion, sentiment, du mieux qu'on pouvait, c'est un élément qui a soudé notre équipe par ailleurs... là plus de stress, il y a quelqu'un pour trancher, pour assumer les responsabilités, les siennes !
  • On est écouté, soutenu et ça nous motive dans notre travail.

Je me sens bien dans mon travail que je gère de mieux en mieux, j'aime le travail de la chirurgie viscérale et connaît toutes les habitudes des médecins, ce qui facilite les choses pour eux et pour moi du coup l'ambiance est moins tendue.
Mais comme les bonnes choses ont toujours une fin !!! J'attaque mon 5ème mois de grossesse donc je serais bientôt partie pour une nouvelle aventure, je vais être maman pour la seconde fois et cela dès juillet 2011. Je ne me sens pas du tout fatiguée ni stressée au travail et ça c'est nouveau pour moi ; on comprend mieux l'importance d'une bonne atmosphère de travail. Comme je compte allaiter le plus longtemps possible et que je souhaite m'occuper au mieux de mes enfants, je vais prendre un congé parental d'au moins un an voire plus ; avec le recul, nous comprenons, mon compagnon et moi, pourquoi notre fille a été si difficile question sommeil ; comment voulez-vous être tranquille, nouveau sur terre, avec des parents qui partent et qui reviennent à des heures tôt le matin, tard le soir, puis tout d'un coup on est tous les trois ensemble, puis le lendemain c'est la nourrice, puis la grand-mère, les jours passent et ne se ressemblent pas, c'est ça le problème pour un enfant qui demande de la stabilité. Donc avec deux, pas question d'infliger un tel rythme, que je ne suis peut être même pas capable de suivre. On a encore la chance d'avoir des aides financières basées sur la solidarité qui suffiront pour nous à subvenir à nos besoins pendant cette période. (Je suis consciente que ce n'est pas le cas pour tout le monde malheureusement.)

Je pense revenir à la clinique par la suite mais sous certaines conditions, reprendre mon poste au second !!! hahahaha ! ben oui ça risque d'être dur mais connaissant les autres services, rien n'est mieux que le viscéral pour moi. Qui sait d'ici là ? les choses auront changé...


​Du boudin : M+1 mois 1/2 | 29 Octobre 2009

Plus d'un mois s'est écoulé depuis ma reprise et cela fait aujourd'hui (29-10-09) 4 jours que j'ai sevré ma fille, j'ai une boule au ventre car cela me manque terriblement...ma fille se porte bien et rien dans son comportement ne montre un manque...c'est ce que je craignais donc tant mieux. Au boulot j'ai pris un bon rythme de croisière et le temps passe encore plus vite...mais j'avoue que 100% pour rattaquer, ce n'est vraiment pas évident surtout quand le papa travaille en 3/8h. On a une bonne nounou et une belle-maman qui se rend dispo !
Je me sens bien dans mon travail malgré les dures journées que j'ai eu depuis mon retour, quand je dis ça je parle de la surcharge de travail comme à l'accoutumé ! mais il n'y a pas plus cette pression psychologique d'avant mon départ en maternité. La nouvelle directrice des soins infirmiers est vraiment dans son rôle et surtout nous soutient. On sent qu'elle veut faire avancer les choses et prend position ! elle reconnaît qu'on subi pas mal de choses (AS et IDE) et qu'on se met en danger dans le travail de tous les jours.
Nous avions depuis des mois mis de coté les transmissions ciblées, je ne veux pas dire qu'on n'écrivait plus, mais beaucoup de choses passaient à l'as du fait de la désorganisation ambiante...
Maintenant j'écris tout ce qu'il se passe pour chaque patient même quand le temps presse et parfois quand je relis mes écrits quelques jours après je m'aperçois que ce n'est pas des phrases que j'ai écris mais une succession de mots qui, ma foi, décrivent bien le problème :
"D : rétention urinaire
A : Allo Dr ...prescription pose SAD 3 voies CH 18 béquillée...SAD posée...
R : 500 cc dans vessie, soulagé, désondage le lendemain matin..."

Du coté des soins infirmiers, je dirai que j'ai transfusé des tas de culots globulaires, bien plus depuis mon retour que depuis que je suis diplomée ! il y a épidémie d'anémie !
Ca me fait toujours quelque chose, au-delà des symboles que véhicule le sang, je me dis que c'est un trésor et ça me rend folle qu'un patient transfusé n'arrête pas de me dire : "c'est bien long !!! j'aimerai bien faire un tour..." grrrr
Maintenant que je n'allaite plus je vais sérieusement penser à donner mon sang et qui sait peut-être qu'un jour je passerai mon propre sang ou le votre !!



​Sur les chapeaux de roues : J+10 | 24 Septembre 2009

bebe infirmier

Ca y est ! voilà presque 2 semaines que maman est repartie travailler et c'est surtout dur de laisser "Barbalala" qui de plus, supporte assez mal la séparation. Heureusement, notre nounou est cool et rassurante sur la suite positive des évènements ! J'ai décidé de garder la tétée du matin pour rassurer ma fille pendant cette période de transition...
Pour parler "boulot" me voilà revenue dans mon cher service de viscéral à 100%, j'ai commencé assez fort avec un après-midi bien chargé mais l'accueil de mes collègues et des chirurgiens !!! oui vous avez bien entendu ! des CHIRURGIENS... m'a beaucoup aidé. Je remercie l'étudiante IDE qui était à mes côtés et qui m'a guidé pour ce premier jour ! Côté technique, j'ai été dans le bain tout de suite avec une série de prélèvements pour hémoculture sur un patient âgé dit "impiquable" et je trouve que je m'en suis bien sortie. Tout revient ! les mécanismes sont intactes...perfusions, pansements, surveillance, préparation des patients pour le bloc, retour de bloc, accueil des entrées et explications des opérations....sauf les "à coté" : répondre au téléphone, se rappeler des raccourcis téléphoniques de la pharma, bloc, standard, autres étages, labo, urgence et j'en passe !!!, assigner et commander les régimes alimentaires sur un nouveau logiciel, faire la pharmacie...en fait tout ce que j'aimais pas trop auparavant.
J'ai transfusé une patiente en rectorragies sans crainte aucune car tous les réflexes et les connaissances en la matière reviennent. Je ne compte plus les cathéters posés.

Pour ce qui est de la direction, je reviens avec de nouveaux dirigeants que je ne connais pas du tout. Les collègues sont mitigés mais rien à voir avec l'ancienne direction ce qui est en soi très très réconfortant !
Ce que je craignais s'est confirmé, il y a 3 secteurs mais pas toujours 3 infirmières par secteur. Le deuxième soir, en pleine bourre, ma collègue et moi étions en train de ramer quand un des chirurgiens arriva pour faire son tour. Par chance, le DRH était là pour compter je ne sais quoi. Le chir me demande si tout va bien pour ses patients et dans ma course lui dit que oui mais qu'on est débordé et que je ne peux passer voir les patients avec lui. Il regarde les 3 secteurs et compte le nombre de patients soit 45/52 lits. Ni une ni deux, il se retourne vers le DRH et lui fait remarquer ; réponse immédiate : "je vais vous trouver du renfort".
PPfff ! mais qu'est ce qui faut pas faire !! et pourquoi en arrive-t-on là ? ANTICIPER !!! merde !
C'est à ce moment là que j'ai su que pas grand chose n'avait bougé durant mon absence et plus tard la nouvelle directrice des soins infirmiers désignée depuis 3-4 jours à ce moment-là me dira que globalement ça empire !! CHOUETTE !

Bien lancée dans mon retour au travail et ayant repris toute confiance en moi, PATATRAAAAAAA !!!! Lundi dernier à 20h00 au dernier tour, je passe voir une patiente de 94 ans à J3 d'une cholécystectomie compliquée. Tout s'est bien passé pour elle jusqu'à ce soir-là. Elle avait la particularité d'être très essoufflée car en insuffisance cardiaque et respiratoire depuis de nombreuses années. Son état s'est aggravé très rapidement : dyspnée, teint pâle, sueurs excessives, n'arrivant plus à nous parler correctement, tension et température faisant le yoyo (10/5 à 17/10 ; 37°6 à 38°4, etc), un pouls à 160 bpm, saturation à 89 %. Je la met sous O² et appelle immédiatement l'anesthésiste. En attendant, ma collègue tente de poser une voie mais sans succès...j'essaie, ouf! réussi...je pose un bionolyte et continue la surveillance. Quand arriva l'anesth, je m'attendais à sortir les flacons de Digoxine ou autres, mais non rien de tout ça. Des antalgiques, 2 bouffées de ventoline et une mutation aux soins continus. Après ça, elle semblait un peu apaisée et moins dyspnéique...
Je suis partie à 21h45 après la mutation et ma relève et elle est décédée vers 22h10.
Sur le moment, j'avais envie de secouer cet anesth et lui dire quoi essayer mais en y repensant, je crois qu'il savait...on se serait acharné...il n'y a pas de mot plus fort que celui-ci pour qualifier les actes qui aurait été fait.
Le lendemain matin après avoir passé une nuit agitée, j'ai appris la nouvelle et je ne voulais pas y croire, j'avais espéré qu'elle remonte la pente.
Ca m'a mis le moral à zéro et peu importe la situation, on culpabilise quand même...

Huit jours de travail sur dix jours en tout et j'ai l'impression de n'être jamais partie !
Huit jours de travail et une remise en question,
Huit jours de travail et la joie de m'occuper à nouveau de patients,
Huit jours de travail et des crises de nerfs !!
Huit jours de travail et la conviction d'aimer mon travail...

C'est bien moi qui disait au tout début me sentir partagée entre mon statut d'étudiante et celui d'infirmière...aujourd'hui je suis partagée entre l'infirmière que je voudrais être et celle que je suis dans cet établissement.
Je vais être patiente et voir l'évolution pour ma famille et moi.
Un merci à mon chéri qui a tout fait pour que tout se passe bien. Je t'aime.


​Prendre le temps d'élever ses enfants, c'est un luxe : M-1 | 14 Août 2009

infirmiere fille

Je n'ajoute plus les mois car cette fois-ci, il s'agit d'un compte à rebours avant la reprise du boulot.
Je n'ai donc pas travaillé depuis plus d'un an et j'ai une forte angoisse à l'idée de rattaquer et de retrouver ce mauvais stress car j'en suis sûre, je vais être servie !! mais je ne pars pas sans avoir bien réfléchi depuis tout ce temps ; si la situation est trop difficile (je parle de concilier ma vie familiale et professionnelle), je chercherai un autre lieu de travail. Après tout, je ne leur dois rien, c'est à eux de me remercier oui ...
Voilà une petite introduction à ma future reprise, je vous donne donc rendez-vous dans 1 mois et quelques jours !!


​Eclair de ça sert d'os ! : M+26 | JANVIER 2009

Deux ans après ma prise de poste, me voilà avec le plus beau bébé du monde !
Ma fille a aujourd'hui 2 mois et tous les problèmes de la clinique me paraissent bien loin...
Cependant, je reste en contact "rapproché" avec mes collègues et suis donc au courant des dernières évolutions.
La clinique a fusionné avec la dernière petite clinique de la ville. Tous les personnels dont les chirurgiens de cette petite clinique sont donc venus travailler avec nous dès l'été 2008. De grands travaux d'agrandissement et rénovation des blocs opératoires ont été entrepris et terminés pour leur arrivée. Dans les services de chirurgie, le nombre de lits a été augmenté.
Dans mon service, de nombreuses chambres seules ont été doublées.
Aujourd'hui, le service compte 3 secteurs au lieu de 2.
Les projets de planning en 12h étant trop compliqués à appliquer, ce projet a été reporté pour fin 2009 (peut-être ont-ils /la direction/ entendus nos remarques et réclamations ? )
Voilà ce que j'ai pu avoir comme nouvelles.
Pour ma part, le travail me manque pour tous les petits moments passés avec les patients, le réconfort qu'on peut leur apporter, leurs remerciements à la fin de l'hospitalisation. Mais aussi la pratique des soins, faire un pansement, une injection, préparer une perfusion. Et enfin, le travail d'équipe, je parle du travail où lorsque la journée est terminée, on a le sentiment d'avoir fait le maximum, on a cette sensation agréable d'avoir contribué au bien-être d'une personne et qui donne le courage et la force de pouvoir faire encore mieux la prochaine fois.
Toutes les bonnes choses sont rares...
Je ne peux pas finir ce texte sans parler des différents accidents liés à la pratique infirmière et médicale. On entend souvent deux sons de cloches. D'une part, les politiques parlent d'un manque d'organisation des hôpitaux et d'autres part, les syndicats crient au manque de moyens humains, financiers.
Je pense qu'il y a des deux mais je privilégie quand même, de part mon expérience, le manque de moyens humains et financiers.
Pour finir, ne perdons pas de vue que les vraies victimes sont des gens comme nous ; cela n'arrive pas qu'aux autres.


​L'utilité de la médecine du travail : INTERLUDE (printemps/été 2008)

grossesse infirmiere

Pour vous donner un peu les dernières nouvelles.
J'ai passé un début de grossesse absolument nulle, quelques maux de la grossesse mais surtout la sensation de mettre en danger mon bébé, ne pouvant me ménager, toujours par rapport à la charge de travail mais surtout par le stress engendré par une organisation de merde : "vous pourrez (devrez) remplacer dans ce service ?", "vous serez seule pour les 2 secteurs, ça va aller, hein !", idem pour les aides-soignantes, les brancardiers ; fatalement je me suis retrouvée à brancarder et mobiliser avec ma collègue AS, des patients plus ou moins lourds (c'est mon rôle mais enceinte faut pas abuser...) Puis j'ai craqué et j'suis partie ; inutile d'expliquer la situation à mon médecin traitant, elle était au courant des problèmes de la clinique...
Depuis les personnes concernées ont été écartées après l'intervention du médecin du travail et de l'inspection du travail (dans notre grande culpabilité, il y avait donc du vrai !) et un audit a été mis en place. Le passage aux 12h n'est plus un mythe mais une réalité, dans quelle condition, on ne sait pas trop.
Je vais maintenant me consacrer à mon bébé en suivant d'un oeil, l'évolution de la situation...


​ou comment péter un câble au boulot : M+18 |MAI 2008

profession infirmiere bafouee

La clinique connaît une situation de crise depuis la fin de l'année dernière, je suis tellement en colère de ce qu'est devenu l'établissement, une usine à rendement...(à l'image de la France). Il y a eu des problèmes de harcèlement moral et de non-respect du personnel par la direction. Nous avons heureusement réussi à nous solidariser en créant un syndicat au sein de la clinique mais la fatigue et les réformes faisant, la direction a réussi à nous diviser sur certains sujets... "Diviser pour mieux régner".
Je ne reconnais plus mon service...De la clinique, nous avons le service le plus grand (42 lits) et ces derniers temps, nous n'avons pas cessé de récupérer des urgences ou entrées programmées de médecine ou de chirurgie orthopédique car leur capacité d'accueil est moins importante. Auparavant, nous accueillions, en début de semaine, quelques entrées comme des dents de sagesse et cataracte (2 à 5 par jour) ; aujourd'hui nous sommes arrivé à faire 8 entrées le mardi matin, 10 le mercredi, 5 le jeudi et 4 le vendredi, bref c'est une vraie catastrophe...Les collègues qui partent en Congés annuels (posés depuis des mois) ne sont plus remplacées ou au coup par coup, et l'autre jour nous avons failli nous retrouver à 2 pour nos patients et 21 retours de Bloc...(et pas seulement de petites interventions). NOUS avons pris les devants et avons appelé une collègue de nuit qui avait gentiment évoqué la possibilité de venir remplacer en journée si nécessaire (ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd!!), ce qu'elle a fait en étant avertie la veille !!!
Je sature car je me rends compte que nous passons le plus clair de notre temps à régler des problèmes qui pourraient être évités et pas vraiment de notre ressort (gestion des entrées, mécontentement des patients, charge de travail devenue insupportable, programmation des entrées supérieure à la capacité d'accueil). Depuis des mois, on tire sur la corde et elle va péter.
Je ne sais pas comment cela se passe dans les autres établissements et notamment dans le public, réformer est une chose (on peut être pour ou contre) mais par pitié, arrêtons de nous faire prendre pour de la merde ! Les directions nous ont pris pour leurs pions, on nous fait croire qu'on travaille ensemble mais ce n'est qu'illusions, les jeux sont faits....
Je vais encore rester parce que j'ai appris à aimer ma clinique, j'adore mon métier et j'ai encore espoir (pauvre naïve !)...Rendez-vous dans 6 mois, si je tiens le coup jusqu'à là...


​Ca sent le roussis... : M+12 |27 novembre 2007

Nous voilà, un an, jour pour jour et vraiment quand je relis les paragraphes précédents, j'ai l'impression que c'était hier...
Beaucoup de choses ont changé mais je suis toujours en chirurgie viscérale et je m'y plait beaucoup. Depuis, la clinique a changé de Directeur, d'infirmière générale, des postes ont été supprimés ou non remplacés. Beaucoup de collègues ont démissionnées. Comme dirait une collègue, on tourne en service minimum malgré l'activité croissante...
Je me sens à l'aise mais la charge de travail devient de plus en plus oppressante et frustrante... On fait vite et au mieux...pour le perfectionnisme, on repassera (terrible de dire ça...)
La peur de poser une sonde urinaire est un vieux souvenir...
J'ai déjà fait 2 notes de stages pour des étudiantes infirmières et je me sens maintenant loin de tout ça. On perd beaucoup au niveau des méthodologies (démarches de soins, techniques apprises à l'école).
Une rumeur circule : on changerait de roulement pour passer en 12h et on tournerait dans tous les services de jour comme de nuit et là franchement ça me fait peur, retourner au statut de roulante et en 12h, aie aie aie...
J'espère que cette rumeur en restera une...
Voilà un peu les dernières nouvelles...Joyeux anniversaire...


​Service pipi-caca, bonjour ! : M+6

Nous voici début mai et beaucoup de choses ont changé...
Le 23 avril dernier j'ai quitté le poste de roulante pour être assimilée au service de chirurgie viscérale. Un poste était à pourvoir dans ce service. J'ai donc fait ma demande immédiatement car ce service a plusieurs points positifs :

  • les chirurgies sont variées, on y trouve de la gynécologie, urologie, proctologie, gastro-entérologie bien sur mais aussi ORL, dentaire.
  • le travail d'équipe est super, on peut compter les uns sur les autres. (ce n'est pas toujours le cas!)
  • Les chirurgiens sont sympathiques et à l'écoute de tout le personnel!

Un autre point non négligeable, j'ai enfin l'avantage d'avoir un planning stable avec de vrais repos de 2 jours d'affilés ce qui n'était pas le cas en tant que roulante!! Je travaille exclusivement de journée!

Je me sens bien et bien plus à l'aise mais une chose est sûre je suis loin de l'idéal que je m'étais fait durant ma formation. La charge de travail est élevée et il est parfois dur de travailler dans de bonnes conditions...
Travailler en tant qu'infirmière dans le secteur privé n'est pas vraiment adéquat avec certaines de mes valeurs. On parle souvent de rentabilité, d'activité et ça, ça ne plait pas!

Il faut bien commencer quelque part et l'important est que j'acquière de l'expérience!

Je vous donne rendez-vous dans 6 mois! pour M+12!


​Le gloubiboulga de la relève : M+3

Cela me fait plaisir d'écrire aujourd'hui, le mois de février 2007 se termine et je suis assez contente de moi, les collègues et les cadres des différents services semblent être également contents de moi.
J'ai passé une bonne partie du mois à travailler en médecine et je tiens à en parler car c'est un service où la charge de travail est énorme et où l'infirmière doit vraiment être au top côté pathologie. Il y a de tout, et surtout beaucoup d'antécédents chez les patients pris en charge. On doit traiter à la fois la pathologie pour laquelle les patients entrent mais aussi d'autres qui se rajoutent.
La découverte de cancer est fréquente et la moyenne d'âge est très élevée.
De plus, il y a un gros travail autour du devenir, on effectue de nombreuses demandes de convalescence. "La paperasse" est donc importante. Il faut également être vigilant sur les nombreux examens passés (scanner, écho, radio, scinti, ponction, gastro-colo, broncho et j'en passe). ce qui m'amène au problème majeur que j'ai rencontré, la relève!
Vous me direz encore elle!!

Concrètement :

  • La relève de la nuit : 1IDE pour les 2 secteurs.(logique)
  • La relève du matin : 1 des 2 IDE refait la relève aux AS (illogique)
  • La relève de l'après-midi : 2 IDE chacune leur secteur.(logique)
  • La relève du soir : 1 IDE pour les 2 secteurs, l'autre IDE part plus tôt.(illogique)

Mon but n'est pas de juger l'organisation mais pour moi il a été difficile de faire face à chaque relève.

Chaque patient est passé au crible avec tous les examens faits antérieurement, ceux à venir, traitements etc...On passe son temps à faire de la recherche dans le dossier. Quand on ne connaît pas les patients c'est vraiment dur.

Un avantage de la médecine, c'est que la relation avec le patient est vraiment plus importante et j'ai pu retrouver ce pourquoi je suis infirmière.

Pour finir, ce paragraphe sur la médecine, je dirais que je pense être plus à l'aise dans les services de chirurgie après cette expérience...


​3 ans et demi de bachotage : M+2

Voici deux mois que je travaille. Les premiers jours, je me disais : "est-ce que je vais pouvoir atteindre 2 mois de travail, on verra quand on y sera". Et bien voilà, vous direz "pas très rassurant son témoignage" mais cela me permet de mettre le doigt sur un problème, celui du fossé qui existe en les études et la prise de poste. Mes collègues, qui ont déjà plusieurs années d'expérience et qui ont déjà pas mal encadré des étudiants, me disent que la formation est trop orientée vers du "par coeur" en masse et s'éloigne beaucoup de la logique que doit avoir une infirmière en poste. En effet, on ne va pas à l'essentiel et l'ensemble des cours nécessite plus un apprentissage par coeur et peu de réflexion. Au final, on ne retient pas le plus important...
Pour revenir à mon boulot, j'ai maintenant fait le tour des autres services mais la plupart du temps en doublure les deux premiers jours et le troisième seule, ce qui m'amène à dire que je suis encore loin d'être à l'aise.
J'ai quand même la chance de tomber avec des collègues compréhensibles et qui restent disponibles pour les questions que j'ai à poser et qui ne s'offusquent pas de mes relèves parfois désordonnées...
J'ai également eu la joie de travailler la nuit du 24 décembre, ce n'était pas prévu mais on m'a appelé la veille pour remplacer. Pour me réconforter, je me dis que ce n'est ni le premier ni le dernier noël où je devrais travailler. Je n'ai pas encore d'enfants et côté famille, c'est assez restreint...


Tachycarder ou tachycardiser ? euh...on s'en fout : J+9

soins continus infirmiere

J'ai déjà fait d'autres nuits depuis mais celle-ci, je m'en rappelle comme si c'était hier, je la nommerai TACHYCARDIE, mais vous me direz, Pourquoi ?
Parce que cette nuit là, un des patients a commencé à taper à 180 bpm, j'avais jamais vu ça avant. Ce soir là avec moi, une sympathique aide-soignante, jeune diplômée et première expérience des soins continus...
Là j'ai du prendre vraiment les choses en main :
Tout d'abord, réassurance du patient, histoire d'écarter l'éventualité d'un coup de stress ;
Une minute passe, mais rien n'y fait, le patient ne semble pas ressentir la tachycardie, il me parle normalement....
Après 5 minutes, je prends le téléphone, il est à peu près 1h du matin, il faut appeler l'anesthésiste rapidement très rapidement.
"allo.....", j'explique le problème, "il faut le remplir, il est déshydraté, Ringer lactate à fond".
Me voici en action, je pose mon Ringer et l'ouvre à fond, mais rien ne passe...rinçure...rien ne passe, le cathéter est KO...en effet, il était coudé, juste au bon moment.
Aie aie aie, il tachycarde toujours. Les alarmes du scope n'arrêtent pas de sonner...Je prends vite le nécessaire pour piquer et bien sûr, mauvais capital veineux. La deuxième c'est la bonne. J'ouvre à fond le Ringer et 10 minutes plus tard, magique, la fréquence cardiaque diminue et se stabilise à 80 bpm.
Là, je me dis c'est gagné !
Le patient se sent aussi bien qu'avant, c'est vraiment étonnant.
L'anesthésiste me rappelle et je lui explique que tout va bien, très calme, il me dit "il était tout simplement déshydraté, bonsoir".


​Liquéfaction phase terminale : J+4

20h15 : Aie aie aie, je crois que je n'ai pas le choix, ce soir les responsabilités, elles sont rien qu'à moi (chouette, j'suis gâtée!). L'équipe qui me fait la relève me connaît bien. Elles me demandent comment je vais (mais voyons tout va bien!). La relève commence et j'apprends qu'un des patients est assez mal ; mon coeur se sert...(je me suis achetée des fleurs de Bach, le "rescue" traduction le sauvetage, ça veut tout dire mais j'ai l'impression que ça calme pas mal).

20h45 : Tout le monde au lit sauf moi et mon aide-soignante qui me demande depuis combien de temps je fais de l'intérim (hummmmm, comment dire ?). Je lui explique avec tact que je suis diplômée depuis à peu près 9 jours et que je travaille depuis 3 jours (ah bon!). Etonnée mais pas inquiète (ouf).

6h30 : Il est venu le temps de la relève, je n'ai plus les yeux en face des trous mais il faut assurer et ne pas oublier de donner toutes les infos. Ca y est je l'ai fait, une nuit seule sans encombre, tout le monde va plutôt bien, tant mieux.

premiere nuit infirmiere


​Le cul entre deux chaises : Jour-J | 27 novembre 2006

10h30 : J'entre dans la clinique, le coeur qui bat...Voilà j'ai rendez-vous avec l'infirmière en chef, c'est elle qui m'a reçu lors de mon entretien d'embauche. Mais aujourd'hui je vais enfin signer le contrat, un CDI (ouf) de roulant de jour et de nuit. Je vais tourner dans les différents services de jour comme de nuit. Il y a :

  • les 2 services de chirurgie (ortho et viscéral)
  • Les soins continus (post-op et médecine)
  • Le service de médecine
  • Le service de jour (chirurgie)
  • L'accueil non programmé ou autrement dit "les urgences".

20h15 : ça y est je vais prendre la relève mais heureusement je suis doublée pendant 3 nuits et la 4ème je la fais en solo !!!
Le service où je commence, c'est les soins continus, service où j'ai effectué mon stage pré-professionnel de 10 semaines lors de mes études (je l'adore) mais je n'ai pas eu de poste fixe (dommage!).
Je suis au bord de la crise de nerf mais je ne laisse rien transparaître. Je suis perdue entre mon ancien statut de stagiaire et mon nouveau statut d'infirmière. je n'arrête pas de me dire "c'est bon t'inquiète tu n'es pas seule, il y a l'infirmière" et puis "mais enfin dans 3 nuits c'est moi et c'est tout" (mince alors quel dilemme!).
le service est composé de 6 lits, habituellement, il y a une infirmière et une aide-soignante, ce soir on est trois et à vrai dire c'est assez dur de se positionner mais tout s'est bien passé...

statut etudiant infirmier